Communication du ministère de la Culture et de la Communication

 Communication de Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la Culture et de la Communication

Lue par Martin Bethenod

Il m’aurait été très agréable de pouvoir intervenir en ouverture de cette deuxième journée du quatrième congrès interprofessionnel de l’art contemporain, comme j’avais prévu de le faire à l’invitation de ses organisateurs. J’avais en effet à cœur de vous redire ainsi l’intérêt tout particulier que je porte depuis longtemps, et nombreux le savent, à ce secteur essentiel de la création dans notre pays, de vous redire l’attention que je porte à la situation des artistes et des professionnels qui concourent à la vie de la scène artistique française. J’avais également à cœur de saluer et de soutenir l’effort qu’ils entreprennent ensemble, toutes professions, tous statuts, tous secteurs, privé ou public, confondus, pour engager au sein du Cipac une réflexion large, concertée, constructive sur les enjeux qui leurs sont communs et qui nous sont communs. Je me réjouissais également que ce temps fort du monde de l’art ait lieu à Metz, ville que deux événements placeront dans les mois et les années qui viennent en pointe de la diffusion de l’art contemporain en France et en Europe : l’installation au début de l’année 2004 du FRAC-Lorraine et bien entendu l’ouverture de la première antenne en région d’un grand établissement public national, le Centre National d’Art et de Culture Georges-Pompidou-Metz, dont nous avons eu le plaisir de découvrir hier le projet. Je me félicitais enfin du thème – la question de la préservation et du développement de la diversité culturelle.

Retenu aujourd’hui à Paris, c’est avec beaucoup de regrets que j’ai dû renoncer à participer à vos travaux. J’espère que vous voudrez bien m’en excuser. Et puisque cette journée est placée sous le signe du budget 2004, je tiens à vous confirmer que celui-ci devrait permettre aux arts plastiques de bénéficier d’une dotation en augmentation de 2,5 %, comptant ainsi parmi les secteurs en plus forte progression, et que ce budget fera apparaître un effort tout particulier sur le soutien aux investissements en régions, notamment dans le cadre de l’engagement du programme des FRAC « deuxième génération », mais aussi dans le cadre d’un programme de remise à niveau de certains grands centres d’art ainsi que sur le développement des écoles supérieures d’art.

 En exergue de vos travaux, que je sais riches et passionnants, je souhaiterais vous faire part de quelques réflexions sur trois points qui me semblent aujourd’hui particulièrement importants en espérant qu’elles puissent contribuer de manière positive à vos débats.

 

Première réflexion, qui vient croiser la problématique des enjeux européens et qui renvoie à un débat qui a beaucoup occupé le paysage médiatique français au cours du dernier trimestre, c’est la question de l’attractivité de la France et de la scène artistique française. Il ne s’agit pas en la matière de céder à l’autosatisfaction ou à l’auto dénigrement, également stériles, mais simplement de mettre l’accent sur un certain nombre d’éléments positifs concernant ce rayonnement : l’émergence de nombreux artistes français dans les galeries, les musées, les revues internationales, la présence croissante, quoi qu’il ait pu être dit hier, de professionnels français à la tête de grandes institutions étrangères, la présence dynamique de galeries françaises dans toutes les grandes foires du monde, la visibilité renforcée de certains grands collectionneurs français et de certains acteurs du marché international en sont quelques exemples. Ce bilan qu’on peut et qu’on doit améliorer ensemble est clairement positif. Ce qui me semble le plus intéressant, le plus significatif, c’est qu’il procède d’une dynamique collective : les pouvoirs publics, l’Etat, les collectivités locales, les établissements, les structures elles-mêmes, les acteurs du marché, les artistes, les critiques, les commissaires d’exposition, chacun y contribue dans une volonté partagée de privilégier l’action positive

Je tiens également à souligner que le développement du rayonnement culturel de la France procède non seulement d’une logique d’exportation, celle qui nous conduit à promouvoir le travail des artistes français à l’étranger ou à soutenir les initiatives internationales des institutions, des éditeurs ou des galeries, mais aussi d’une logique d’accueil, d’ouverture. J’ai à cet égard la conviction qu’à chaque fois que l’on accueille un artiste en résidence - il y en a en France plus de 140 répertoriés à ce jour – chaque fois que l’on forme un professionnel, chaque fois que l’on confie la direction d’une structure à une personnalité internationale, on participe de manière fondamentale au rayonnement de notre culture – une culture fondée sur l’ouverture aux autres, celle qui conduit par exemple les écoles d’art à accueillir plus de 10 % d’étudiants étrangers, qui conduit les collections publiques françaises à présenter une vision internationale, ouverte, de l’art d’aujourd’hui, ce qui constitue comme en retour le meilleur gage de leur qualité et de leur visibilité internationale. Je pense en l’occurrence au Fond National d’Art Contemporain, mais aussi aux FRAC, ainsi que l’a montré de manière éclatante la célébration de leurs vingt ans.

 

Ce qui compte aujourd’hui ce n’est pas tant de présenter la création de tel ou tel territoire, mais bien de montrer quels points de vue, quels regards particuliers, on porte depuis un territoire particulier sur la création dans toute la diversité de son émergence – un regard ouvert, un regard équilibré, un regard généreux. Il reste donc beaucoup à faire, et deux pistes peuvent être ici évoquées. Première piste : favoriser et inciter davantage l’engagement des institutions, l’engagement des acteurs eux-mêmes dans la mise en œuvre de politiques de coopération culturelle et de rayonnement. Je rappelle à cet égard que je tiens à ce que chaque établissement se montre responsabilisé dans l’accomplissement de ce que je considère comme une mission de service public essentiel ; c’est vrai pour les grands établissements nationaux – le Centre Pompidou, le FNAC, l’Ecole des Beaux-Arts, l’ENSAD - comme pour les structures de dimensions plus réduites, qui développent souvent des initiatives remarquables à l’échelon local, régional ou inter régional, comme l’a montré par exemple le très beau programme international des FRAC du Grand Est. Deuxième piste, le fait de favoriser encore la mobilité des artistes et des professionnels, en travaillant à l’harmonisation des statuts, à la simplification des démarches administratives, à une plus large diffusion de l’information quant aux offres de résidence, aux offres de bourses. Plusieurs missions ont été à cet égard confiées – des missions de recensement, de réflexion et de propositions pour la question de l’accueil des artistes et des professionnels étrangers dans le secteur des arts plastiques et dans le secteur plus large de l’ensemble de la vie culturelle. Un rapport a été confié sur des préconisations très concrètes d’harmonisation et de simplification des procédures, qui devrait être présenté dans de très brefs délais.

 

Deuxième axe : la question de l’évolution au niveau français, européen, international, de la notion de partenariat, sur laquelle est très largement fondée notre politique culturelle et plus particulièrement en ce qui concerne l’art contemporain. Il faut le réaffirmer, en matière culturelle, l’Etat n’est pas seul, ne l’a jamais été. Les dernières décennies ont été marquées par un phénomène sans précédent d’émergence d’acteurs nouveaux, nombreux, divers ; ce fut l’extraordinaire investissement des collectivités locales - communales, intercommunales, départementales, régionales, interrégionales -, mais aussi la montée en puissance des acteurs associatifs et des acteurs privés. Cela représente, j’en ai la conviction, une chance extraordinaire pour le développement de la création dans notre pays et la question qui se pose est de réfléchir conjointement aux modalités les plus efficaces, les plus équilibrées, et les plus transparentes, les plus respectueuses enfin, de ce partenariat.

Réaffirmer la notion de partenariat, c’est réaffirmer tout d’abord qu’il n’est pas question que l’Etat renonce d’une quelconque manière aux missions qui sont les siennes, ni qu’il s’en désengage d’une quelconque façon : mission de soutien à la diversité de la création contemporaine, mission de diffusion de la création sur l’ensemble du territoire, mission de constitution et de soutien à la constitution du patrimoine artistique de demain, mission de formation des artistes et des professionnels, de soutien à leurs conditions d’existence et de travail, de sensibilisation de tous les publics aux formes de notre temps. Ces missions, l’Etat continuera à les assumer en liaison avec ses partenaires territoriaux, dans le cadre de relations de travail en commun qui ont montré au fil des années leur caractère fertile qu’il y a lieu de développer. Dans le cadre également d’un engagement budgétaire conforté. J’en veux pour exemple le programme d’investissement sur les FRAC « deuxième génération ». Dans le cadre enfin du rôle d’arbitre, du rôle d’expertise, du rôle d’évaluation, du rôle de conseil, du rôle d’incitation et du rôle d’aménagement du territoire de l’Etat.

Pour ce qui concerne la question plus particulière et souvent brûlante en France des relations avec le secteur privé, je voudrais également vous indiquer qu’il m’a semblé prioritaire de pouvoir favoriser le développement du mécénat, des fondations et des collections d’entreprises et de combler notre retard en la matière. La loi du 1er août dernier ouvre à cet égard des perspectives extrêmement positives pour le marché de l’art français, perspectives qu’il nous appartient désormais de bien faire connaître. Là encore afin d’être bien clair, je voudrais insister sur ce qui me semble constituer l’objet principal de ces dispositions. Il ne s’agit en aucun cas de se cacher derrière le développement du mécénat pour procéder à , ou pour dissimuler un désengagement de l’Etat : j’en prendrai pour témoignage l’augmentation budgétaire continue et particulièrement marquée en 2003 et 2004 où elle dépasse 3,5 %, des crédits d’acquisition et de commande publique. Il s’agissait en revanche de reconnaître le rôle majeur que jouent sur la scène de l’art les mécènes, les collectionneurs, les acteurs privés, et de favoriser par la diversification des opérateurs, par la diversification des points de vue, des émetteurs, des choix, une meilleure prise en compte de la diversité des créations d’aujourd’hui.

Au-delà de la mise en œuvre de cette loi-mécénat, je tiens également à vous redire combien j’attache d’importance à ce que le Ministère de la Culture soit aujourd’hui en mesure d’apporter aux professionnels du monde de l’art, de son marché, de ses professions, de ses associations, une véritable structure d’écoute, de soutien et de relais. C’est dans cette perspective qu’a été désigné au sein du Ministère un chargé de mission spécifiquement en charge des questions liées au marché de l’art, au dialogue avec les acteurs, à la coordination de la réflexion sur les sujets réglementaires – juridiques, fiscaux, sociaux – qui se posent à nous de manière urgente et souvent complexe dans l’espace de l’Union Européenne : droit de suite, TVA, etc.

Pour conclure ce propos, je souhaiterais insister sur une notion capitale : celle de la nécessaire solidarité de l’ensemble des acteurs du monde de l’art à l’égard du développement et du dynamisme de celui-ci. Quelles que soient les spécificités de son métier, de ses enjeux, de ses missions, chacun d’entre nous se trouve de fait solidaire de l’ensemble divers et contradictoire que nous formons. Il ne s’agit pas ici de prôner la confusion des genres, bien au contraire. Mais il y a pour le Ministère de la Culture un enjeu capital à d’une part réinvestir pleinement les missions qui sont les siennes à l’égard des professionnels de l’art contemporain, d’autre part à manifester sa volonté de nouer avec ces professionnels des relations de confiance et de reconnaissance mutuelle en les associant autant que possible à la mise en œuvre des politiques qui les concernent.

 

Je prendrais pour signe de cette volonté la refonte du Centre Nationale des Arts Plastiques, qui vient d’arriver à son terme. Le CNAP était dans sa configuration précédente une machine lourde, complexe, liée de manière peu lisible à l’administration du Ministère, et où se côtoyaient des missions hétéroclites. Il est depuis quelques semaines un établissement recentré sur trois missions claires : la commande publique, l’acquisition à travers le FNAC, première mission ; l’ensemble des dispositifs de soutien aux artistes et aux professionnels rassemblés au sein du FIACRE, deuxième mission ; le centre de ressources à destination des professionnels pour lesquels nous voulons développer une véritable boîte à outil, troisième mission. Parallèlement à cette lisibilité nouvelle, je suis heureux de vous indiquer que nous avons conduit une réforme en profondeur de ses modalités de gestion et d’administration. Le CNAP n’est plus aujourd’hui intriqué avec la DAP mais doté d’une structure autonome, d’une directrice, Chantal Cusin-Berche. Il est doté également d’un conseil d’administration dans lequel siègent en très forte majorité des représentants non de l’administration mais des professions qui sont les vôtres. Chacune des commissions qui organise ces activités fait également une large part aux artistes et aux professionnels.

 

On pourrait voir dans cette réforme une simple dimension technique ou administrative. Il faut à mon sens y voir beaucoup plus : y voir le signe d’un état d’esprit d’ouverture, de respect, de confiance et d’optimisme. Face à la gravité du monde, face aux légitimes inquiétudes qu’il peut susciter en chacun de nous, face aux manifestations de rejet, d’intolérance à l’égard de tout ce qui innove, de tout ce qui diffère, de tout ce qui dérange, c’est sous le signe de ces quatre valeurs – ouverture, respect, confiance, optimisme - que j’entends placer mon action. Je ne doute pas que ces valeurs nous rassemblent dans l’idée. Je forme le vœu qu’elles nous rassemblent également dans l’action.

Intervention de Martin Bethenod, Délégué aux arts plastiques


A titre personnel, je voudrais dire quelques mots, à propos du débat d’hier sur l’enjeu européen. Pourquoi l’échelon européen ? Les structures en charge de l’art contemporain et de la diffusion culturelle aujourd’hui assurent déjà un grand nombre de missions, donc d’une certaine manière ont déjà des comptes à rendre à l’égard d’un certain nombre d’échelons, à l’égard des collectivités locales, à l’égard des territoires que constituent les villes, les intercommunalités, les départements, les régions, l’ensemble du territoire français et de son rayonnement ; donc il y a déjà une sorte de stratification, d’enjeu d’identité, d’enjeu de rayonnement. Pourquoi une strate supplémentaire, un échelon supplémentaire qui fait qu’une structure en charge de l’art contemporain devrait assumer des missions sur l’ensemble de cette échelle ?

Plusieurs réponses : la première, la plus simple, la plus pragmatique, et respectable à ce titre : pour trouver des moyens supplémentaires, des financement supplémentaires ; pour aller vite : l’Europe comme guichet. Deuxième réponse plus fondamentale : parce que l’Europe est notre espace réglementaire, juridique, fiscal, social, un espace dans lequel s’exercent nos professions, nos missions, et cela nous renvoie aux questions capitales et souvent sensibles de l’harmonisation de pratiques, de législations, de cadres réglementaires issus de traditions diverses et dont il a été question. Après l’Europe comme guichet, on pourrait dire l’Europe comme cadre. La troisième réponse, la plus intéressante, la plus riche : la manière dont l’Europe pourrait devenir une plate-forme stratégique, une plate-forme pour le développement de valeurs partagées, une plate-forme pour le développement de cultures vivantes au niveau international. Plate-forme de résistance à l’égard d’un modèle culturel dominant, et dominé par une certaine forme de marché, une plate-forme de diversité, également, qui vise à rassembler les cultures de l’ensemble des pays membres, mais surtout l’ensemble de la diversité des cultures de chacun de ses pays membres, l’ensemble des cultures de ses propres marges, et à revendiquer aussi l’ensemble des cultures du reste du monde.

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