Construire le care professionnel européen

Communication de Katia Baudin et Pascal Neveux, Présidente et Secrétaire de l’Association nationale des directeurs de Frac

Katia Baudin

Les journées professionnelles des Frac ont été organisées les 3 et 4 octobre à Sélestat, en Alsace. Cette réunion de famille mobilisait l’ensemble des acteurs qui participent à la vie des Frac – aussi bien les directeurs et leurs équipes, que les associations des amis (cinq aujourd’hui), les partenaires financiers, d’autres structures, des enseignants détachés, des membres des conseils d’administration (13 présidents de Frac). En tout, 160 participants, pour un événement monté en un temps record, durant une année particulièrement chargée ! C’est la preuve que tout un ensemble d’acteurs se sent concerné par notre histoire, et par notre avenir et notre évolution.

Ces journées se sont conjuguées en sept tables rondes :

  • La première table ronde, et ce n’est pas anodin : la relation Frac-artiste dans une dynamique de diffusion et de production ;
  • Quel statut pour nos personnels et nos structures, qui a donné lieu à la communication d’une étude que l’ANDF a commandée à un juriste sur les EPCC, les forces et faiblesses par rapport au système des « associations loi de 1901 » qui régit la plupart des Frac aujourd’hui ;
  • Collection et identité ;
  • Gestion, diffusion et développement de nos fonds ;
  • Sensibilisation et formation des publics ;
  • Quel soutien aujourd’hui et demain pour les Frac.

 

Mais ce que l’on ne peut pas relayer vraiment, ce sont tous les moments informels qui sont la substance du réseau qui est au cœur de notre existence. Le libellé même de cette réunion a été choisi de façon très consciente : il ne s’agissait pas de rencontres nationales, mais de journées de travail et de réflexion centrées sur la notion de mise en réseau.

Nous existons depuis vingt ans et nous pouvons tirer un bilan de l’impact des Frac sur le paysage culturel français. Mais nous nous trouvons aussi en face de certains enjeux particuliers. L’incendie du Frac-Corse nous a tous affecté et a pointé un problème qui concerne chacun : notre fragilité, incarnée par nos réserves, précaires ou inadaptées par rapport à nos collections, leur importance et leur développement. On peut se féliciter que le Ministère de la Culture ainsi que huit régions s’engagent soit dans la réhabilitation, soit dans la construction d’équipements nouveaux.

C’était aussi le défi de fédérer vingt-deux Frac très différents les uns des autres, avec des collections, des partis pris, des personnalités très disparates. Parmi les conclusions, on peut noter que l’enjeu principal, c’est l’importance de renforcer nos singularités respectives ; c’est aussi l’enjeu de professionnaliser et de développer les structures afin de mener à bien la palette considérable des missions que l’on attend de nous.

Pascal Neveux

Ce qui est ressortit de nos tables rondes est la nécessité de tenir compte des réalités de nos territoires géographique respectifs, avec des projets artistiques très différents, et surtout des régions et des contextes économiques, politiques, historiques, très diversifiés. Les projets artistiques et culturels que nous développons dans nos structures doivent et devront ces prochaines années accentuer et revendiquer cette notion de territoire. Aux Frac de tisser de nouveaux réseaux, de dynamiser une scène régionale, d’expérimenter, d’inventer de nouvelles méthodologies. On nous demande énormément, avec une palette de missions complètement surréaliste. Il est impossible de couvrir toutes ces missions sans un renforcement important aussi bien au niveau humain que financier.

Ressortait aussi la nécessité d’une conscience politique du rôle que nous devons jouer dans nos régions, et d’établir un véritable dialogue avec nos élus. Ce dialogue passe évidemment par une forte mobilisation de nos présidents – ce qu’ils font souvent, ils animent, se réunissent, etc. - mais il y a également nécessité de retrouver les bases d’un dialogue avec les élus car on s’aperçoit que lorsque ce dialogue est établi, les Frac deviennent extrêmement crédibles et se retrouvent ensuite impliqués dans des projets plus ambitieux que celui de constituer des collections et de les diffuser – même si c’est un enjeu majeur – comme par exemple des résidences d’artistes, des échanges internationaux.

On a également révélé qu’à côté des partenariats Etat-région qui existent depuis vingt ans, il existe de nombreux partenaires nouveaux, que ce soit les villes, les communautés de communes, les agglomérations, les offices de la culture et autres, qui modifient considérablement nos fonctionnements, puisqu’on y trouve un ancrage financier beaucoup plus local et qu’on y est parfois impliqué de façon plus importante. Toutes ces actions de proximité, tous ces partenariats nouveaux caractériseront certainement de plus en plus les Frac « deuxième génération », d’autant plus qu’au sein même de ces structures, des associations d’amis, des associations de clubs d’entreprises partenaires apportent de nouvelles dynamiques et de nouveaux moyens financiers dont nous avons considérablement besoin aujourd’hui.

De vastes chantiers sont ouverts, de nombreux Frac sont en construction, et au-delà de l’enthousiasme et de l’euphorie que représentent tous ces chantiers au niveau national, il faut garder une vigilance de tous les instants sur nos crédits de fonctionnement, puisqu’ils exigeront des moyens humains et financiers beaucoup plus importants que ceux dont nous disposons aujourd’hui.

Donc c’est à la fois un appel à la vigilance et un constat extrêmement positif. Rien n’est sensiblement acquis aujourd’hui, et notre rôle militant est fondamental : il faut surtout conserver l’unité et la dynamique que l’Association Nationale des Directeurs de Frac a su créer jusqu’à maintenant.

Katia Baudin

Le rôle de l’artiste a été au cœur de notre réflexion, c’est à dire la responsabilité des Frac envers les artistes. Notre objectif n’est pas tellement celui de créer ou conforter des structures, mais d’avoir un véritable dispositif de travail qui nous permette de tenir notre engagement, notre responsabilité envers l’artiste. Et cela ne concerne pas seulement la fonction « acquisition et gestion » des collections, c’est aussi la sensibilisation des publics et la médiation. Quel est le rôle de l’artiste dans ces questions ?

Pour préparer ces Journées Professionnelles nous avons beaucoup travaillé avec les artistes plasticiens dans la perspective des Rencontres Nationales qu’ils ont organisées – et l’association des Directeurs de Frac a été très présente aux tables rondes, aux discussions lors de ces rencontres nationales. Précisément lors de ces rencontres à la Villette, on a soulevé un manque de méthodologie commune par rapport à certaines problématiques qui ne concernent pas seulement les Frac mais aussi d’autres acteurs comme les centres d’art, les musées, les écoles d’art et d’autres structures, c’est à dire la question des contrats d’acquisition et de production, les droits de présentation et de reproduction, les différentes conventions, la diffusion des catalogues, une vraie analyse des publics de l’art contemporain.

C’est là que nous désirons lancer un appel – et le Cipac peut être la plate-forme pour le faire – pour engager ensemble un véritable travail collectif sur ces questions et créer une commission permanente d’étude et de réflexion sur ces sujets qui nous concernent tous.

Pascal Neveux

Il faut souligner que nous sommes réellement à un carrefour, et je crois que nous avons tout un travail de diffusion à entreprendre et d’outils de communication à créer pour obtenir une lisibilité au niveau international – documents traduits en plusieurs langues, etc. Il faut savoir valoriser toutes nos actions : ce sera certainement l’enjeu de ces prochaines années.

Katia Baudin

Je suis heureuse d’annoncer que l’Association Nationale des Directeurs de Frac a tenu une assemblée générale hier soir et qu’elle a nommé un nouveau président qui entrera en fonction en janvier 2004 : c’est justement Pascal Neveux qui prendra la relève.

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