Biennales, foires etc : quel paysage international ?

 

Modération : Jean de Loisy

 

  • Joerg Bader (Directeur du Centre de la photographie, Genève Martin)
  • Sophie Legrand-Jacques (Chargée du projet Estuaire Saint-Nazaire)
  • Stéphanie Moisdon (Commissaire d’exposition et critique)
  • Thierry Raspail (Directeur du MAC et de la Biennale, Lyon)

 

Très souvent se fait la confusion entre biennale et foire, alors qu’elles ont des volontés opposées. Si la biennale a une vocation culturelle et s’inscrit dans un principe de compétition comme le fait remarquer Joerg Bader –il suffit de voir le nombre de biennales par année dans le monde : environs 130 – la foire, elle, a un caractère parasitaire en venant se greffer au phénomène biennale et affirme son orientation commerciale. Cette table-ronde tentera alors de déterminer les effets et les enjeux que ces manifestations artistiques provoquent à travers le remodelage du paysage qui en résulte.

Engendrant une mondialisation ou mondialité, biennales et foires permettent de sortir de l’isolement grâce à un projet de communication construit respectivement selon les visées de chacune. L’art rentre ainsi dans une industrie culturelle où la prestation de service fournie par le commissaire participe du système de l’offre et de la demande. La tendance est au surenchérissement de sorte qu’il s’agit de négocier le prêt d’œuvres cotées en mettant en place un système de troc et d’échange.
Par ailleurs, il existe une véritable volonté géopolitique sous-tendue par une logique des quotas. La manipulation du local et de l’exotisme permet de trouver une satisfaction quant à la production qui est donnée à voir. Ainsi, se réjouit-on de la participation d’un caucasien !
Comme nous l’apprend Sophie Legrand-Jacques, cet engouement pour la production artistique se retrouve à l’échelle sociale. Pour le projet « Estuaire Nantes-St Nazaire », les commerçants ont co-financé l’acquisition de certaines œuvres in-situ, en vue d’une présence pérenne de celles-ci dans le paysage. Il y a donc une implication locale et une considération de la place de l’artiste dans la ville de la part de « partenaires » étrangers au monde de l’art. Jean de Loisy cite aussi l’exemple de la Biennale de Rennes 2008 qui trouve l’essentiel de son financement dans les subventions du groupe agroalimentaire Norac.

De façon générale, la biennale tente d’avoir un positionnement critique à partir d’une réflexion sur le lieu d’inscription de celle-ci, en prenant en compte des aspects historiques, politiques et socio-économiques (exemples : Sao Paulo, Nantes-St.Nazaire). Comme le fait remarquer Joerg Bader , la biennale doit trouver un ancrage dans l’architecture sociale, un choix qui relève d’une vraie responsabilité ; ou tout simplement en suscitant la collaboration de critiques amenés à analyser le projet et venant soutenir le(s) commissaire(s) dans cette mission. A cela s’ajoute une volonté de mise en place de débats en parallèle avec la question du format de l’évènement et des enjeux artistiques qu’il convient tout de même de maintenir. Car vraisemblablement, il ne s’agit pas de mettre en péril « l’esprit biennale » en regard des seuls enjeux économiques.

Stéphanie Moisdon de rajouter que l’avantage du phénomène de massification des biennales réside dans le choix qui est laissé au spectateur d’assister à celle qui suscite le plus d’intérêt pour lui. Mais on peut aussi lui contester l’efficacité de cette visibilité fragmentaire. Un membre du public posera de façon implicite la question du statut du spectateur, qui doit devenir un touriste de l’art s’il veut tenir le rythme de la course folle de l’art dans laquelle il ne peut que « picorer ». 

Une solution serait alors celle consistant à se référer à la documentation dans les catalogues d’exposition. Habituellement, ces derniers se limitent à éclairer les rôles de chaque acteur, reprenant des critères informatifs. Stéphanie Moisdon avait introduit quelques instants plus tôt l’innovation du catalogue de la biennale 2007 de Lyon qui a été élaboré comme un livre pédagogique qui pourrait s’inscrire dans les programmes d’histoire et de géographie. On y retrouve des textes de sociologues, d’historiens, de critiques, d’artistes, de commissaires d’exposition, ainsi qu’un ensemble d’entretiens et d’essais.

En somme, la biennale fait évènement parce qu’elle s’inscrit dans l’histoire et participe à son écriture. Toutefois, Thierry Raspail ne manquera pas de souligner le constat de l’introversion de la France sur un plan international. Les artistes français souffrent d’un manque d’exportation qui ne peut être pallié que par un soutien croissant de la part des institutions et surtout par un investissement du secteur privé. La foire, elle, rapidement écartée du débat, probablement en regard de la connotation marchande qu’elle véhicule, n’aura pas trouvé de développement ici. Or, en dépit des enjeux économiques qu’elle comporte, ne constitue t-elle pas néanmoins une plateforme de visibilité pour les artistes ?

 

Synthèse : Sylvie Charleroy

 

Jour : jeudi 29 novembre 2007
Horaire : 10h-12h30
Site : SUBSISTANCES / ENBA
Salle 1 : Le Hangar

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