L’événement peut-il faire oeuvre ?

 

Modération : Vanessa Desclaux, Assistant producer, Tate Modern, Londres

 

  • Mark Alizart, Directeur de l’action culturelle, Palais de Tokyo, Paris
  • Pierre Bal Blanc, commissaire, Directeur du Cac Brétigny
  • Marc Camille Chaimowicz, artiste
  • Dora Garcia, artiste

 

Mark Alizart nous prévient que l’événement sera entendu ici sous l’acception que lui a conféré Jean-François Lyotard en 1985 lors de l’exposition « Les Immatériaux » au Centre Georges Pompidou. C’est-à -dire comme une manifestation de la pensée qu’il convient de matérialiser à travers l’exposition. L’œuvre n’est donc plus un matériau stable mais elle englobe tout un langage qui va de l’opération mentale jusqu’à l’interaction avec le spectateur en passant notamment par l’usage des nouvelles technologies.

Avec la question « comment se redéfinit le champ de l’événement vingt ans plus tard et quels en sont les nouveaux enjeux ? », Vanessa Desclaux détermine le sujet de cette table-ronde qui s’appuiera sur trois exemples.
Avec l’essor de la performance, le musée a dû s’adapter pour accueillir et conserver des œuvres éphémères quitte à modifier (ses clauses habituelles) ses conditions de monstration éventuelles. Dora Garcia nous rappelle aussitôt que l’événement par définition entre en contradiction avec les attentes de l’institution et du public car généralement le public vient y chercher des œuvres concrètes et physiques, d’où la frustration du vide et du rien. Mais en contrepartie, le non-événement crée l’action et peut faire événement ! C’est ce qu’elle tente de démontrer avec « Forever » : un projet qui souhaite étendre les limites du musée en interrogeant la frontière entre espace public et espace privé. A travers un contrat écrit, Dora Garcia officialise un accès privilégié à l’espace physique du musée 24 heures sur 24 grâce à une webcam et aussi longtemps que l’artiste vivra. Le visiteur devient alors acteur en pénétrant dans cette salle. Dans une atmosphère de doute et de suspicion, son comportement est modifié par la prise de conscience de ce troisième œil. Dora Garcia soulève ici les problématiques liées à l’inscription temporelle de l’œuvre d’art et celles de la nature de ce qui est montré : entre les extrêmes du Tout ou Rien.

Avec « La Monnaie vivante », Pierre Bal Blanc aménage le grand studio Micadanses de Paris où la paroi vitrée a été enlevée pour perturber le spectateur ; celle-ci donne en effet sur un hall et un bar. L’usage d’un espace ouvert propose à la fois une déambulation inhabituelle mais constitue également un élément qui démobilise l’attention. En articulant des œuvres ou actions dérivées de protocoles mis en place par Erwin Wurm ou encore Teresa Margolles, « La Monnaie vivante » affirme la volonté de juxtaposer des œuvres qui ne sont pas de la même époque, mais qui trouvent une nouvelle contemporanéité par leur association.
Chez Marc Camille Chaimowicz, c’est l’œuvre revisitée qui crée événement. Selon lui, l’événement ne se limite pas dans le temps mais se revendique d’une intensité ???. « Celebration ? Realife, 1972, 2000, 2002 » cherche à (abattre l’aliénation) réduire la frontière acteur-spectateur ???. (Dans) A travers l’installation, l’artiste invite le spectateur à entrer dans son intimité et par conséquent à franchir les limites qui séparent l’artiste du public, l’art de la vie.

La question de la durée est un paramètre sur lequel on peut jouer. On peut faire la critique du continuum avec de la discontinuité et vice versa. Et Pierre Bal Blanc de citer Derrida « Un événement ne s’enregistre qu’à travers un autre qui le recode ». Autrement dit un temps d’arrêt est nécessaire, la réactivation de l’événement permet une distanciation et un recul pour une meilleure compréhension. 
Au demeurant, le risque serait la vulgarisation de l’événement en divertissement.
Toutefois, si l’œuvre devait prétendre à une certaine autonomie par rapport à l’institution, ce serait à travers le respect de ses protocoles de monstration qui permettrait de perpétuer la volonté de l’artiste de façon pérenne. « Placer une œuvre dans l’institution, c’est une façon de l’achever et de s’en libérer » précise Marc Camille Chaimowicz. Un membre du public s’interroge : une bonne œuvre n’est-elle pas précisément une œuvre qui échappe à son auteur ? (une œuvre qui nous échappe ?)

Ces pratiques de l’événement représentent à la fois une résistance à la consommation culturelle et au conventionnel, une stratégie qui suscite la mise en mouvement physique et intellectuelle du spectateur comme le souligne Vanessa Desclaux. La tâche du commissaire ou du conservateur consisterait alors à maintenir ces œuvres en vie, à entretenir la flamme pour que les œuvres ne restent pas de beaux cadavres comme le fait remarquer très justement une personne de l’assemblée. D’ailleurs curateur ne dérive t-il pas du latin « curare » qui signifie soigner au sens de « prendre soin » ?!

 

Synthèse : Sylvie Charleroy

 

Jour : jeudi 29 novembre
Horaire : 14h-16h30
Site : SUBSISTANCES / ENBA
Salle 3 : L’Amphithéâtre de l’ENBA

© 2017 Cipac

Fédération des professionnels de l'art contemporain

Mentions légales - Réalisation : Moon Websites - agence web paris