Médiation et transmission

 

Modération : Marie Muracciole, Directrice de l’action culturelle, Jeu de Paume

 

  • Yvane Chapuis, Directrice des Laboratoires d’Aubervilliers
  • Laurent Jeanpierre, historien à l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg
  • Heinz Wismann, philosophe, philologue, Directeur d’études, EHESS

 

Marie Muracciole propose à ses invités une discussion critique sur la rencontre avec l’œuvre comme événement. Pour en débattre, deux théoriciens, le philosophe Heinz Wismann, et Laurent Jeanpierre, sociologue et historien, et deux « praticiennes » de l’action culturelle, Yvane Chapuis et Marie Muracciole.
A partir de l’hypothèse de départ, la réflexion porte sur les différentes approches pour préparer au mieux l’inattendu de l’expérience esthétique et sur la manière de favoriser cette « surprise saisissante ». Des outils de médiation ont été développés depuis vingt ans en vue d’une démocratisation culturelle. Le bilan plutôt négatif des politiques culturelles appelle un travail théorique sur ces pratiques pour rendre opérante leur évolution sur le terrain.

Laurent Jeanpierre distingue deux conceptions du processus de communication des œuvres : l’une assimile la relation esthétique à une relation pédagogique et instaure un rapport hiérarchique du savoir, l’autre tente d’établir un rapport plus égalitaire en se basant sur la notion d’appropriation des œuvres et celle d’interactivité. À son avis les deux conduisent à une impasse car elles se font une idée fausse de l’du rapport esthétique.
Conscients de ces difficultés les acteurs des Laboratoires d’Aubervilliers visent une autre approche du rôle d’intermédiaire, plutôt du côté de la responsabilité de l’artiste. C’est à travers deux méthodes empiriques qu’ils entendent élaborer des outils pour entretenir une relation avec le public et l’œuvre : créer de l’attente pour qu’une rencontre puisse avoir lieu, et l’idée de « chemin ».

Sous contrainte institutionnelle, la démarche de Marie Muracciole se doit de tenir compte des objectifs de fréquentation. Sa vigilance par rapport au danger de banalisation qui pourrait en découler l’amène à refuser un certain style de médiation (besoin de commentaire permanent, « cocooning ») et à proposer un autre accès à l’information. Se dégager des présupposés, des préjugés pour laisser les choses se passer entre le spectateur et l’œuvre, cette attitude qu’elle préconise illustre aussi les propos de Heinz Wismann qui la pose en préalable à l’appropriation d’une singularité, vue comme finalité de l’expérience esthétique. « Porter sur soi l’effet heureux » de cette rencontre serait le meilleur moyen de la partager et préserverait des dangers d’une médiation faite de connaissances mais éloignée d’une forme de plaisir.

Une conservatrice de musées, dans le public, trouve que le terme de médiation a été caricaturé et que Yvane Chapuis fait de la médiation sans le savoir. Une autre réaction laisse entendre que cette accusation de la médiation creuse l’écart entre l’art contemporain et (ce qu’elle nomme)le Français moyen, et qu’il aurait fallu laisser s’exprimer une autre approche. La modératrice rappelle qu’il s’agit de faire bouger les choses en en parlant et non d’un rejet massif de toute idée de médiation. Que cet écart qui sépare le visiteur de l’art contemporain est une réalité positive, que l’habitude et l’indifférence ne sont pas les cadres d’une véritable expérience de l’œuvre. Que le « Français moyen » c’est tout le monde. Il est nécessaire et urgent de réfléchir à l’effet supposé des actions menées depuis vingt ans, ce à quoi se sont attelés, depuis un certain temps déjà , les intervenants de cette table ronde, chacun dans leur domaine respectif.

 

Synthèse : Maryse Bernardy-Maret

 

Jour : vendredi 30 novembre 2007
Horaire : 9h30-12h
Site :FORT SAINT-JEAN
Salle 4 : Le Grand Amphithéâtre

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