Adresse à Madame La Ministre de La Culture et de la Communication par Alain Snyers

Alain Snyers

Madame la Ministre,
Nous sommes très heureux de vous accueillir aujourd’hui dans ce lieu où, comme vous le constatez, sont réunies près de 1 500 personnes représentatives du monde de l’art contemporain et de toutes les professions qui le composent. Cette large mobilisation témoigne d’une grande attente et de très nombreuses interrogations portant sur le fonctionnement, l’actualité et le devenir de l’ensemble des professions de l’art contemporain. Les délégués qui les représentent ne sont évidemment qu’une petite partie d’un tissu national extrêmement important, complexe, composite et de très grande qualité.
Au cours de ces journées que Jean-Pierre Saez résumera en quelques mots juste après moi, se sont dégagées plusieurs questions qui avaient déjà été pointées lors des ateliers de travail qui ont précédé cette rencontre.

Ce 3ème congrès a placé l’artiste au centre de la réflexion collective et nationale ; l’artiste, comme créateur d’œuvre d’art, comme représentant d’une culture vivante française, mais aussi l’artiste comme individu social intégré dans la cité, dans la nation. Les problématiques de la situation économique, sociale et financière, les relations que les artistes entretiennent avec les différentes instances, leur précarité, sont des points extrêmement importants, très actuels, et qui préoccupent l’ensemble de la profession. Le statut des artistes est en effet un levier essentiel et fondamental pour le rayonnement et la réalisation de la culture vivante en art contemporain. De ce statut découlent les questions relatives au RMI, à la couverture sociale, au code des impôts etc…
De là émergent des interrogations portant sur le statut des établissements culturels et les lois qui les régissent.

Je pense également à la précarité du personnel qui travaille dans ces structures, les emplois jeunes par exemple, mais aussi aux problèmes liés à la professionnalisation et à la reconnaissance des emplois. Autrement dit, des questions d’actualité qui rappellent que l’art est constitué d’individus, de structures, de métiers et de professions qu’il faut reconsidérer, et ceci en dépassant l’unique approche budgétaire.
Par ailleurs, nous déplorons tous l’insuffisance des financements, c’est pourquoi nous attendons des signes, non seulement financiers, mais aussi symboliques et politiques qui permettraient que nous nous sentions soutenus et représentés par l’Etat dont nous sommes citoyens.

Cela procède évidemment du fonctionnement et du rayonnement de la culture artistique en France, vivier très important pour la citoyenneté, mais aussi élément fondamental de la représentation internationale fréquemment évoquée. Ainsi, outre l’accompagnement financier réclamé, nous vous sollicitons également pour un accompagnement plus technique, portant par exemple sur des décrets de lois, l’affirmation de points de vue, la défense politique de l’art contemporain etc., mais aussi sous forme de décisions françaises et européennes. Nous attendons des partenariats interministériels, ministère de la Culture – ministère de l’Emploi pour les emplois-jeunes, par exemple, mais aussi avec le ministère du Budget pour la fiscalité des œuvres d’art ou les différentes formes d’imposition, par exemple, avec le ministère de la Fonction Publique, pour les statuts des établissements culturels en région, et je pourrais citer beaucoup d’autres secteurs encore en « friche ». Nous vous lançons donc un appel à un accompagnement, à une ouverture de chantiers : de façon à ce que ces préoccupations qui sont fortes puissent être relayées et ce d’autant plus que nous entrons en période électorale.
Nous attendons du gouvernement des signes clairs, concrets, tangibles et forts, non seulement sur le plan financier mais aussi sur le plan humain.

Enfin, j’ajoute rapidement quatre points qui sont peut-être anecdotiques sur le plan de l’organisation mais très importants sur le plan du fonctionnement.
Tout d’abord, la question de la censure. J’attire, au nom de tous, votre attention sur ce qui peut être des dérives et vous demande de rester vigilante. Ensuite, l’incendie malheureux du FRAC Corse, survenu le 6 novembre 2001. Cet accident ne se compensera pas uniquement par l’aide financière que vous avez accordée, mais dont nous nous réjouissons néanmoins. Cet événement soulève des questions relatives à la présence et à l’existence des établissements culturels et aux collections publiques. Autre point : si nous sommes très heureux de l’avancée que connaît l’article 8 de la loi sur les musées, nous voulons être sûrs que vous resterez vigilante afin qu’il ne soit pas prochainement remis en question. Enfin, dernier point : le droit de présentation publique des œuvres. Nous souhaitons que l’autorité nationale reconnaisse ce droit comme une priorité essentielle d’aide aux artistes et d’organisation du champ culturel. La loi existe, mais la difficulté réside dans l’application de ses textes et le Ministère doit donner l’exemple.

Il y aurait beaucoup de choses à vous dire, Madame la Ministre. Je vous transmets très modestement quelques-unes d’entre elles, fréquemment soulevées par les nombreux congressistes, amis et collègues, qui constituent cette grande famille au potentiel humain de grande qualité, pour laquelle il reste beaucoup à faire car elle le mérite.

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