Clôture du Cipac

Point de vue de Catherine Ballé (sociologue)

Clôture par Chantal Cusin-Berche (présidente du CIPAC)

 
Chantal Cusin-Berche
Avant de clôturer, il y a ici Guillaume Lanneau qui au nom des syndicats veut faire une communication. J’appelle ensuite Catherine Ballé et je conclurai avec elle.
 
Guillaume Lanneau
Nous tenons à saluer l’ouverture dont a fait preuve ce troisième CIPAC en direction des artistes, même si encore une fois on ne peut que regretter l’absence des organisations professionnelles d’artistes à la tribune et dans l’organisation. Nous sommes par contre tristes et indignés de la surdité de notre ministre de tutelle qui n’a pas eu la moindre parole en direction des artistes malgré une interpellation claire en préambule de son intervention. Une promesse vient d’être faite au président du Conseil d’Administration de l’organisme de sécurité sociale – Maison des Artistes, concernant une rencontre de travail avec Madame Tasca dans les trois semaines à venir avec les organisations professionnelles représentatives des artistes. Nous comptons sur cet engagement pour qu’enfin une réelle volonté politique se mette en œuvre. Cette déclaration est signée du Syndicat National des Artistes Plasticien – CGT, du Syndicat National des Artistes Auteurs – FO et du collectif des auteurs artistes plasticiens.
 
Catherine Ballé
Il m’a été demandé de contribuer à la clôture de ce congrès, ce que je ferai très rapidement car il me semble que celle-ci ne peut se faire que dans l’annonce de la prolongation et de la concrétisation de la réflexion qui a été menée ici et dont vous parlera Chantal Cusin-Berche.
En ce qui me concerne, le programme parle de point de vue et non de synthèse. Je vous proposerai donc quelques remarques à la lumière des interventions et des débats que j’ai entendus au cours de ces deux journées.

Les thèmes abordés dans le colloque ont été, si vous regardez le programme, ceux des conditions de la création, des professions, de l’économie de l’art, du droit, de l’enseignement, de la médiation, de l’international et de la politique. Ces questions renvoient toutes aux débats qui parcourent les analyses et la littérature sur l’art contemporain, et que résume ou que caractérise la notion de crise. Crise de la création et principalement, à juste titre, des conditions dans lesquelles de nombreux artistes exercent leurs activités, mais aussi, crise de la valeur du droit, de l’enseignement, de la médiation, de la réception de l’art, de l’international et du politique ou des politiques, comme on vient de le voir.

Il vient à l’esprit que ce domaine en crise est particulièrement vivant, dynamique, pour reprendre un qualificatif très à la mode actuellement. Ou encore, il s’agit d’un domaine qui connaît un considérable développement. Ce secteur suscite de la part de ses multiples protagonistes, que ce soit la voix des artistes, des intermédiaires de l’art, des commentateurs de l’art ou des responsables culturels, une réflexion très large et un engagement très convaincu. Contrairement à une opinion très répandue, et que l’on a entendu également ici, selon laquelle l’art contemporain n’intéresse personne, j’aurai tendance à dire qu’il intéresse beaucoup de monde, quelles que soient les positions adoptées à son égard, les difficultés soulignées, les options adoptées, les désaccords exprimés et les possibilités envisagées. Aussi n’est-il pas étonnant que l’art contemporain sous ses innombrables facettes fasse l’actualité et qu’il soit à la fois sujet médiatique et objet de polémique.

Par ailleurs, il est manifeste qu’en moins de trente ans, le système social que constitue le monde de l’art contemporain s’est étendu et diversifié. Il s’est complètement transformé et est devenu extraordinairement complexe, ce que reflète, d’ailleurs, la diversité de la participation des différentes personnes à ce congrès. Je ne vais pas faire un inventaire, mais des artistes aux multiples modes d’expression et de conditions de production - qui a l’air d’être préféré au terme de création – aux nombreux intermédiaires de l’art, on peut recenser : galeristes, responsables de musées, responsable de centres d’art, FRAC, FNAC, collectionneurs, amateurs, membres de fondations, membres d’associations, de syndicats ou de collectifs, responsables de l’administration culturelle au niveau central, au niveau local, des collectivités locales, spécialistes de l’art, universitaires, journalistes, chercheurs, cadres politiques et enfin, ceux qui n’étaient d’ailleurs pas présents ici car ce ne sont pas des professionnels, le public, le grand absent.

Cette complexité, lorsqu’elle n’est pas appréhendée, prise en considération, et dans la mesure du possible, maîtrisée, est indiscutablement une source de confusion et de conflits. Tous les efforts faits dans le sens d’une plus grande compréhension et coordination, sont des efforts auxquels correspond, me semble-t-il, cette réunion, et sont indiscutablement une nécessité. De plus, il faut rappeler le changement qui touche tous les secteurs de la société. La question qui se pose alors est de savoir dans quelle mesure le secteur de l’art contemporain obéit ou non, lui aussi, à ces transformations. A savoir, la loi des grands nombres, la logique économique, l’institutionnalisation des activités, la professionnalisation, la rationalisation, la modernisation, la démocratisation et l’internationalisation. Il est légitime de se demander comment le monde de l’art s’est préparé ou adapté à une telle évolution. La spécificité de l’activité artistique réside sans doute dans son caractère essentiellement individuel, même si on a souvent parlé ici de productions collectives. Il en est de même, mais peut-être dans une moindre mesure, des différents intermédiaires culturels – pour employer ce terme – et, à l’extrémité de cette chaîne, du public. Or comment concilier cette spécificité et la logique du nombre, les économies d’échelle et la globalisation ? (J’avais ajouté la démocratisation, mais je l’ai rayée).

Cette tension, voire cette contradiction, entre l’évolution des sociétés et les spécificités du domaine artistique, me semble éclairer grand nombre des difficultés auxquelles vous êtes confrontés. Ces difficultés illustrent peut-être même, de manière exacerbée, les problèmes que rencontrent actuellement les sociétés modernes. Bruno Latour a donné un titre à l’un de ses livres qui selon lui, rendait compte de l’état de notre société. « Nous n’avons jamais été moderne », dit-il. Je me demande, et cela peut vous paraître paradoxal, dans quelle mesure le monde de l’art contemporain est véritablement moderne. Mais il ne faut pas oublier que c’est également de cette évolution que naissent de nouvelles possibilités, par exemple, et que le monde de l’art contemporain est peut-être a contrario exemplaire de l’évolution des sociétés qui ne sont plus modernes mais devenues post-modernes.
 
Chantal Cusin-Berche
Pour conclure, je vais plutôt mentionner quelques notes pour que l’on puisse s’organiser afin que l’après-CIPAC soit très vivant et concret. Il faut s’organiser plus par profession que par fonction, c’est-à -dire les créateurs, les intermédiaires publiques et privés, les destinataires qui sont le public avec les collectionneurs, les amateurs d’art et les usagers de l’art contemporain.
Ensuite, pour construire cet observatoire permanent de l’art contemporain, il faut tout d’abord identifier les questions à traiter, c’est-à -dire faire déjà un bilan et connaître l’existant, parce que finalement, on s’est aperçu en préparant ce congrès qu’énormément d’études étaient en cours, qu’énormément de rapports existaient, mais ni les uns ni les autres ne les avaient lus. Donc je crois que l’on gagnerait du temps à les analyser pour rapidement bien les connaître.

Par ailleurs, il faut aussi replacer les questions dans leur contexte politique, économique et aussi européen puisque très rapidement, nous nous trouvons dans la politique européenne, avec des normes qui sont encore différentes. Pour cela, il faut construire cet outil qui est l’observatoire. Pour l’instant, on ne lui a pas donné tout à fait sa forme, mais il devra être un lieu pour alimenter les travaux de chacun autour de cinq actions : l’information, la formation avec la professionnalisation, l’expérimentation, l’accroissement des connaissances et la capitalisation de l’ensemble de ces activités. Tout cela permettra de négocier avec les différents partenaires, en particulier avec le Ministère de l’Emploi et aussi avec les collectivités territoriales. Peut-être pourrons-nous ainsi constituer vraiment une profession avec toute sa dimension et qui ne perdra pas sa vie. C’est l’essentiel.

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