Quelle économie pour l’art ?

Présentation

Devant un paysage de l’art contemporain en cours de redéfinition, cette séance dresse une cartographie actualisée des nouveaux équilibres qui se profilent entre l’institution, le marché et l’apparition de réseaux alternatifs. Deux tables rondes se suivent et se complètent.

La première, intitulée Vers de nouveaux réseaux, est animée par Elvan Zabunyan, critique d’art et professeur à Rennes II, et réunit Fabrice Lextrait (Ministère de la culture), Xavier Douroux (codirecteur du Consortium à Dijon), Nathalie Ergino (directrice du Musée d’art contemporain de Marseille), Karine Noulette (directrice d’Emmetrop à Bourges), Claude Lévêque (artiste),
Cannelle Tanc (artiste, Immanence), Marion Laval-Jeantet (artiste, Art orienté objet).
 
La seconde, intitulée L’art, une affaire privée ?, est animée par Bernard Zürcher, galeriste, membre du Comité des galeries d’art, et réunit Dominique Sagot-Duvauroux (économiste), Jacques Monory (artiste), Daniel Firman (artiste), Gilles Fuchs (collectionneur, président de l’Association pour le développement international de l’art français), Joost Declercq (Fondation de France), Paula Aisemberg (Maison Rouge, Fondation Antoine de Galbert), Jean-Michel Raingeard (Fédération Française des sociétés d’amis de musées)
 
 

Synthèse des séances

Les deux temps de débat interrogent les structures et les modèles d’économie qui régissent ou régiront le monde de l’art. Le premier (Vers de nouveaux réseaux ?) rend compte des évolutions structurelles de la création, des moyens de son développement et de sa diffusion, bref de l’économie interne à la culture. Le second (L’art, une affaire privée ?) repère les positions des acteurs du marché des œuvres d’art, spécialement autour du partage entre acteurs privés et acteurs institutionnels.

Karine Noulette présente l’esprit et le travail effectué depuis 1984 par Emmetrop à Bourges, qui fait du contact avec un public réputé difficile une juste raison de décloisonner les domaines de création pour les amener, comme les plasticiens le démontrent volontiers, à apparaître comme des pratiques parmi d’autres. Réalités du squat, travail avec les institutions, flexibilité de la demande vis-à -vis des artistes, définissent une attitude plus existentielle que technique ou professionnelle. Les séjours de Claude Levêque l’ont montré, puisqu’ils ont été révélateurs d’enjeux centraux, pour l’artiste comme pour les organisateurs, sous condition de liberté à l’égard de toute attente préconçue.

Fabrice Lextrait a répondu à une préoccupation du Ministère de la Culture pour les espaces d’une nature nouvelle dans le paysage culturel en France, les friches, qui marque un intérêt pour des formes nouvelles de travail, une prise en considération des nouveaux besoins de la production artistique et du statut de l’artiste.

Xavier Douroux comme directeur d’institution (Le Consortium à Dijon) identifie son activité et sa responsabilité par la pertinence de la dépense d’argent collectif, l’investissement sur des projets d’artistes, dans une logique d’écologie de l’art dans la société. Le montage de la production de la participation de Pierre Huyghe à la Biennale de Venise 2001 sur le modèle de fonds d’investissement en est un exemple, le travail des Nouveaux Commanditaires avec la Fondation de France en est un autre. Les modèles économiques doivent bouger avec les transformations de la production artistique, les expériences en ce domaine en démontrent la nécessité et l’efficacité.

Marion Laval-Jeantet est partie d’expériences et de besoins collectifs pour mettre sur pied des outils d’aide à la production, mais les moyens de financement de ce genre de structure demeurent limités, à cause des enfermements dans les disciplines et du manque de soutien du financement privé (qui pourrait par exemple y être incité par la défiscalisation qui existe en Allemagne ou aux USA). Canelle Tanc, elle aussi formée comme artiste, a contribué à la naissance de l’espace Immanence à Paris, dans un projet de diffusion de la jeune création, très vite relié à un tissu associatif de collectifs d’artistes, riche et divers en France, comme Glassbox à Paris. Si les moyens de financements ponctuels, tant publics que privés, n’ont pas manqué jusque là , la pérennisation de la structure demeure très problématique.

Devant les positions qui se dessinent, Nathalie Ergino comme directrice de Musée d’Art Contemporain relève que les rôles des différentes structures sont complémentaires et dépendent beaucoup des engagements des acteurs, y compris dans les plus lourdes institutions qui peuvent et doivent évoluer, tout institutionnelles qu’elles soient. Les débats ouvrent à la question de la transparence de l’économie institutionnelle et à la place des différentes structures sur la scène.
 
Le second débat, L’art une affaire privée ?, part du constat fait par Bernard Zürcher du manque d’engagement du monde de l’entreprise dans le marché de l’art, entreprises qui trouveraient dans les galeries leurs interlocuteurs privilégiés.

Jacques Monory ouvre le débat en situant à titre personnel la position de l’artiste du côté du privé, certes, mais aussi de la marginalité sociale.

Les collectionneurs réunis au sein de l’ADIAF soulignent par la voix de Gilles Fuchs leur rôle bien sûr économique, mais surtout de valorisation de la scène française. Autre mode de gestion : la fondation privée.

Paula Aisemberg présente le projet de Fondation Maison Rouge, ses principes économiques et l’indépendance de choix qu’elle autorise.

Ce sont aussi des financements privés qu’administrent Les Nouveaux Commanditaires avec La Fondation de France, dont Joost Declercq décrit les principes ; il s’agit d’opérations qui ne sont plus aujourd’hui seulement conduites en France mais aussi à l’étranger, dans une logique renouvelée de la commande aux artistes. Autres acteurs privés, militants de base de la scène artistique, les amis de musées — ils sont une centaine de milliers — qui par leur volontariat associatif apportent une légitimité au travail des institutions, selon le mot du président de leur fédération, Jean Michel Raingeard.

Le travail sur le campus de HEC présenté par l’artiste Daniel Firman montre les ouvertures et les difficultés à faire se côtoyer au minimum dans les esprits le monde de l’entreprise et celui de l’art, mais ce qu’il y a à gagner pour tous dans la concrétisation de relations articulées.

Dernière instance de l’économie privée de l’art, clé d’un système et pourtant fragile : la galerie, dite de promotion par Dominique Sagot-Duvauroux, c’est-à -dire la galerie qui assure le travail d’accompagnement et de valorisation des artistes ; la fragilité structurelle des rares galeries fonctionnant sur ce modèle, y compris par rapport aux nouveaux besoins de la production artistique, dit assez la friabilité d’ensemble de l’économie de l’art contemporain.

Les interventions de la salle font apparaître une autre échelle de l’économie de l’art, dans un rapport de proximité particulièrement sensible en région, à quoi tentent de répondre des structures et des réseaux spécifiques, comme la MAPRA en région Rhône-Alpes. Il apparaît finalement qu’il y a plusieurs plans de réalité économique dans le monde de l’art, entre économies de la diffusion et de l’acquisition, de la production et du marché traditionnel, et que tout desserrement des fonctionnements hérités est à tenter pour libérer des pratiques nouvelles.

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