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Communication

Fédération Française des Conservateurs-Restaurateurs (FFCR)

LA FFCR quatre ans plus tard

Contribution au Livre Blanc du CIPAC, 5ème Congrès Interprofessionnel de l’art contemporain, Lyon novembre 2007
Par David Aguilella Cueco, vice président de la FFCR,
délégué CIPAC, membre du comité de pilotage du congrès.

Préambule :

Pour quoi, pour qui conserver, pourquoi restaurer ? On ne restaure des biens, des collections que si l’on souhaite les conserver, sinon le bon sens et la raison économique justifieraient d’attendre ou de provoquer leur destruction. Le lien raisonné qui unit ces deux domaines d’action, conservation et restauration, appliqué aux biens culturels, devrait être aujourd’hui insécable. Ainsi se fonde une discipline raisonnée et altruiste, parfois savante, parfois scientifique, habile, patiente et responsable, regroupant au même niveau de responsabilité les actions de soin, d’entretien, d’examen, de diagnostic, de traitement préventif, curatif, de stabilisation des matières et des “valeurs” qu’elles véhiculent, ou de réparation des apparences : la conservation-restauration des biens culturels

Ces professionnels qui préservent et préconisent, conçoivent et réalisent les sauvetages et l’entretien, l’accrochage et la présentation existent, travaillent, assument de grosses responsabilités sans localisation institutionnelle, sans fonction intégrée, sans titre reconnu et consensuel…prenant en charge, en un réseau d’individus, le plus souvent en tant que prestataires indépendants, une tâche de fond permanente, mais statutairement discontinue, dans l’intérêt commun, plus qu’au seul profit des propriétaires et/ou commanditaires.
Ils “tournent”… agissent, et protègent les biens culturels, au profit et parfois au nom de la collectivité.
Ils sont réunis depuis 1992 au sein de la Fédération Française des Conservateurs-Restaurateurs (FFCR) qui promeut et défend les exigences déontologiques et techniques de notre profession. La FFCR est engagée dans le CIPAC depuis la première rencontre de Tours, en 1996, et agit toujours dans l’espoir que les progrès sectoriels qu’elle obtient pour la profession bénéficieront à tous.
La FFCR représente près de 250 membres cotisants pour une population identifiée et informée de plus de 900 professionnels diplômés de l’enseignement supérieur (quatre années spécialisées au minimum et fin d’un second cycle) ou exerçant leur activité selon des critères qui leur sont communs.
Pour mieux répondre aux exigences des régions, à la décentralisation des politiques publiques, et à la déconcentration des budgets de l’Etat, la FFCR a initié en son sein la création de délégations régionales, duo de professionnel(le)s élu(e)s par l’Assemblée Générale. La FFCR diffuse un annuaire national et un site Internet (www.ffcr-fr.org) présente la profession, ses activités, notre fédération et ses actions.

Depuis Metz 2003

Depuis 2003, le CIPAC à Metz, les sujets brûlants n’ont pas refroidi…. Loin de là .
Même si la prise de conscience de notre utilité sociale, au bénéfice des collections et des productions artistiques dans le champ des arts visuels a encore grandi, de nombreux points de méconnaissance ou d’indifférence jalonnent nos parcours professionnels quotidiens. A travers l’affichage médiatisé de pratiques spectaculaires évènementielles, dont la symbolique assimile notre activité à des techniques oscillant entre magie, sciences et traditions, tours de main et savoir-faire, s’affirme la prévalence vertueuse des financeurs/producteurs, où certains mécènes opportuns autant qu’opportunistes promeuvent en « prime time », les bienfaits de l’action privée sur les biens publics communs. Il ne faut pas oublier les journées de “bonne conscience”, “du patrimoine”, “des musées”… où se dépensent en communication instantanée, les budgets habituellement nécessaires au maintien de l’activité quotidienne de nombreux chantiers arrêtés, ou reportés, faute de crédits… L’image se brouille. Cependant, les travaux de la Fédération se sont poursuivis aux plans régional, national et international

Un sujet d’étude

Une mission d’évaluation confiée à M. Daniel Malingre, conseiller-maître à la Cour des comptes, concluait en 2003 sur la nécessité d’une action publique plus forte pour l’accomplissement des missions régaliennes de protection, d’étude et de valorisation des richesses patrimoniales et créatrices de la nation. Il encourageait l’exécutif à reconnaître des professionnels agissant au quotidien ces missions de service public, hors de toute fonction publique, sous un statut précaire, parfois contradictoire avec le besoin de continuité des actions garantissant la permanence et la pérennité de ce qui fonde en partie la valeur économique et culturelle du Pays. En 2006 une mission d’étude du député et sénateur M. Christian Kert, au sein de l’Office Parlementaire d’évaluation des Risques Scientifiques et Technologiques, aboutissait globalement, de manière plus détaillée, aux mêmes recommandations — reconnaître, dénommer, soutenir— pour l’activité de conservation-restauration, tout en y dynamisant la recherche. Mais on attend les réponses du pouvoir exécutif..

Les marchés publics

L’absence de définition légale de notre activité n’empêche pas son implication dans les missions des établissements publics, soumis de fait, opération par opération, au Code des marchés publics. Cela se fait travers de procédures aussi fastidieuses et coûteuses qu’inadaptées, prétendant comparer les prix de mètres carrés de prestations mal définies ou figées, par l’entremise de cahiers des charges aussi impératifs sur les délais et les moyens supposés y répondre, que laxistes ou erratiques sur les objectifs recherchés …
A l’issue de près de quatre années de travail, doit sortir une fiche de recommandations sur la mise en œuvre des marchés publics relatifs aux prestations de conservation-restauration des biens culturels.. Cette fiche, rédigée en commun avec les représentants des directions patrimoniales du Ministère de la culture, est destinées à toutes les parties prenantes, commanditaires comme prestataires. Elle contribuera à une meilleure compréhension de notre discipline, par une sollicitation plus rationnelle et continue de nos compétences, en amont des besoins, et non simplement comme une compétition de prestataires de réparation spécialisée de dommages onéreux et culpabilisateurs.
La rareté et l’unicité des biens culturels, le niveau élevé de connaissances requises pour la compréhension de leur état, le niveau de responsabilité des professionnels engagés pour assurer leur conservation et leur restauration justifient que les procédures de mise en concurrence soient mises en œuvre dans le respect du code de déontologie des conservateurs-restaurateurs et la prééminence des besoins prioritaires des œuvres. Nous espérons une meilleure attention dans l’application d’une logique administrative strictement économétrique, assimilant le “mieux disant” au seul “moins disant”, là où la plus-value apportée par des interventions bien assumées est avant tout dans le registre de l’accroissement des connaissances, de leur protection, de leur diffusion, d’une culture et de plaisirs plus ouverts et mieux partagés.

Pluri et multidisciplinarité

La réflexion a été poursuivie interne sur le rôle des professionnels, leur capacité à se regrouper pour des chantiers monumentaux pour offrir des capacités, des connaissances et des expériences, garanties de sûreté pour établir les besoins des œuvres et pour réaliser les traitements les plus justes, “sur mesure”. Ce travail fait en partie écho à une compétition sur le terrain notamment dans le domaine des monuments historiques où des entreprises générales de travaux, multidisciplinaires, et souvent traditionnelles dans leurs approches, leur conception comme dans leur exécution des travaux, remportent en toute logique moins disante des chantiers aux enjeux mal définis.

Normalisation Européenne

Le souci de vigilance et la volonté de pédagogie et de consensus sur les termes qui nous fondent et nous décrivent, ont encouragé la FFCR à s’associer aux représentants du ministère de la Culture dans le processus de normalisation européenne en conservation-restauration de biens culturels (CEN TC 346). Le travail d’analyse et de rédaction porte sur la définition de la terminologie essentielle, comme la détermination des protocoles d’analyse et d’identification des matériaux constitutifs des biens culturels, la compréhension des traitements utilisés (mise en œuvre et effets à terme), les recommandations pour la conception et l’usage des vitrines, les conditions de stockage des œuvres, et les moyens en cause lors de leur transport. Un long travail où partenaires et prestataires indépendants et interdépendants se concertent et se confrontent, avec une double issue correctrice, par un va-et-vient national et européen. pour que ce travail ait ensuite une valeur normative, s’appliquant à tous en toutes situations, il faut bien différencier ce qui relève de la méthodologie, de ce qui relève des usages

L’Europe des professions

La FFCR a renouvelé son engagement au sein de la Confédération Européenne des Organisations de conservateurs-restaurateurs, historiquement structurée et mobilisée afin de promouvoir une vision commune de développement et d’organisation de notre activité. Au moment où l’application des directives libérales relatives aux marchés de service, à la reconnaissance des professions réglementées et à la libre circulation des professionnels au sein de l’Union Européenne détermine un champ d’activité relevant particulièrement de l’autorité de chaque état national, les objectifs européens initiaux doivent être repensés, parce que les moyens prévus pour y parvenir ont été eux même bousculés, et que les états ne savent, ou ne veulent pas assumer des positions fermes sur un domaine qui ne relève pas strictement de l’économique…
Cette intégration des directives dans les droits nationaux doit s’inspirer des schémas parfois contradictoires d’unification des niveaux de formations académiques (processus de Bologne, dit LMD), et de promotion de la reconnaissance des parcours individuels et des auto-formations. Ces mesures précèdent de peu une mise en place hégémonique du système de définition des niveaux de qualification au sein du Cadre Européen de qualification (EQF). Cet outil d’auto-valorisation visant à faire reconnaître aux professionnels, leurs acquis dans le champ de la connaissance, des aptitudes individuelles, et de l’expérience de terrain. véritable théorie de l’ascenseur social, pourrait s’avérer être un outil passionnant de reconnaissance des apprentissages personnels, voire contribuer à la définition de corps professionnels et de formations professionnelles complémentaires. Mais il pourrait à terme contribuer à la suppression de toute référence aux parcours académiques, pour l’accès et l’exercice dans certaines professions. Cela est d’autant plus à craindre que la dérégulation des systèmes nationaux d’éducation est déjà en œuvre dans certains de nos pays (UK) et en plein essor, aujourd’hui en France. L’éducation n’est plus envisagée ici que comme un service rendu aux “étudiants”, assimilés à de simples consommateurs dudit service, où la possibilité de choisir/s’offrir celui-ci deviendra “libre”, dérégulée et/ou simplement payante. Le droit citoyen à l’égalité de chances, le droit à l’éducation libre et gratuite, à la connaissance, à la culture et à l’art risquent alors de n’être plus que des services ouverts à tous, prodigués par de généreux et altruistes fournisseurs d’accès aux autoroutes de la formation… détenteurs de fructueux péages du savoir, et promis certainement bientôt à l’organisation de certificats d’assurance qualité…

Dès lors, comment ne pas craindre les conséquences de la déréglementation en cours au niveau des Monuments historiques, la perte d’autorité des instances techniques et scientifiques au profit du strict respect du droit de propriété, la discontinuité dans les dotations budgétaires supposées concourir à la protection et au sauvetage des sites protégés, le remplacement progressif des budgets de l’Etat par l’intervention de mécènes bienvenus, même si leur action ne relève pas toujours de la seule philanthropie ?

Pour conclure

Tout cela contribue à une forme d’inquiétude qui se retrouve dans le domaine culturel en général. Simple paranoïa, réflexe corporatiste d’une profession qui n’existerait pas, simple résistance au changement, conservatisme (sic ?) de mauvais aloi, mauvaise visibilité de la “chose” culturelle au sein de la cause publique ? Le point de vue doit rester panoramique…et l’esprit tout aussi large. Il est très dur pour une activité de nature privée de prétendre s’auto-valoriser au nom de l’intérêt public, tant il est suspect pour quiconque de porter un avis où l’on se trouve juge et partie.

La conservation-restauration peut-elle alors faire évènement ?

La dimension évènementielle constitue pour nous une forme de paradoxe essentiel, car il nous faut valoriser une partie du travail (la restauration) qui ne fait souvent que révéler les failles ou les échecs de l’action de conservation, pour sa part, primordiale ou consubstantielle de l’activité de sauvegarde et de pérennisation du patrimoine et des œuvres vivantes.
Une forme d’hystérie de l’action, puisque la communication sur nos “réussites” (spectacle, science, magie, savoir-faire) permet de justifier et de renouveler publiquement les coûts qu’elles génèrent et les finances qui les font exister, et que le seul statut privé nous rend indispensable pour survivre.

 En définitive, les difficultés rencontrées par la FFCR et ses professionnels dans leurs démarches viennent de ce que leurs demandes n’échappent ni au strict corporatisme, ni à la volonté de défendre l’intérêt général. Elles relèvent également des deux. Parce que le travail fait sur les biens publics porte également cette double dimension que l’on pourrait qualifier d’altruiste. On ne restaure ni ne conserve un bien au seul profit de son propriétaire, ou de son détenteur, mais bien à l’intention et au bénéfice de la collectivité publique qui finira toujours par le recevoir et le partager.
Les espoirs d’amélioration générale des systèmes de la culture répondent aux mêmes impératifs de budget, de volonté politique, de conscience, de responsabilités et de compétences échangées ou partagées.
La déontologie des acteurs et le droit des auteurs et des œuvres, les politiques de formation et de sensibilisation, de tous les protagonistes, partenaires et utilisateurs, prescripteurs et publics, sont des déterminants communs à toutes les composantes du CIPAC.
Nous pouvons espérer qu’en communiquant sur ces difficultés, nous trouverons, une fois encore, un écho bienveillant et solidaire auprès de nos partenaires et collègues du CIPAC.
Mais aussi en nous confrontant à l’écoute des autres professionnels, nous renouvellerons les arguments justifiant les avancées et la mise en commun du réseau, sa persévérance, et son exposition, pour que le congrès reste un événement permanent.