Art contemporain : une dynamique territoriale, Charbonnières-les-Bains, novembre 2004

Présentation des intervenants

 

Ce séminaire s’est tenu le jeudi 25 novembre 2004 au Conseil Régional Rhône Alpes, à Charbonnières-les-Bains (69).

 

Les responsables politiques et les directeurs des affaires culturelles des collectivités territoriales étaient appelés à se réunir avec les directeurs de structures d’art contemporain lors d’une journée de rencontre, de réflexion et de travail.
L’esprit de ce séminaire, dans sa forme comme dans son contenu, répondait à la nécessité d’ouvrir le débat entre le champ professionnel de l’art contemporain et ceux qui concourent à la réalisation des projets artistiques, responsables politiques et institutionnels. Il avait pour objectif d’interroger les enjeux du développement d’un secteur d’activités eu égard au mouvement de décentralisation en France et de contribuer à ancrer les arts visuels dans une logique d’irrigation et de valorisation culturelle du territoire.
A la lumière d’expériences menées par des professionnels de l’art contemporain, le séminaire a envisagé concrètement la multiplicité des rapports entre l’art contemporain, la société civile, le monde économique et les collectivités territoriales, de l’organisation d’actions ponctuelles à des partenariats plus pérennes qui viennent s’inscrire dans une logique de territoire.

 

 

Sommaire

L’art contemporain : développer des logiques de partenariats

Le projet artistique implique très souvent la mise en place de partenariats entre institutions d’art contemporain et avec d’autres structures publiques ou privées. Depuis l’organisation d’évènements jusqu’à des collaborations plus pérennes, ces partenariats témoignent à la fois de la complémentarité des missions des structures d’art contemporain et de leur ouverture à la société civile et au monde économique.

 

Modérateur

Jean-Pierre Simon

Directeur de l’école supérieure d’art de Grenoble et président de l’Association Nationale des Directeurs d’Ecoles d’Art – ANDEA

 

Il a été directeur du centre d’art contemporain de Montbéliard, puis conseiller pour les arts plastiques à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne de 1989 à 1993.

 

Intervenants

Jacques Rigaud

Président du Fonds Régional d’Art Contemporain d’Aquitaine. Il a été successivement directeur du cabinet de Jacques Duhamel (ministre de l’Agriculture, puis des Affaires culturelles), sous-directeur général de l’UNESCO, conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères Jean François-Poncet. Parallèlement, il a assumé un certain nombre d’engagements dans le domaine culturel, notamment en ce qui concerne les centres culturels de rencontre et, à travers l’Association pour le Développement du Mécénat Industriel et Commercial (ADMICAL) qu’il préside depuis sa création en 1979. Il a eu de 1981 à 1986, la responsabilité de la construction du musée d’Orsay et est l’auteur de plusieurs rapports au gouvernement sur la politique culturelle.

Catherine Texier

Responsable de l’Artothèque du Limousin, et Présidente de l’Association de Développement et de Recherche sur les Artothèques – ADRA. Chargée des expositions au Fonds d’Art Contemporain des Communes du Limousin, en 1987, elle est nommée, en 1988, responsable de l’Artothèque du Limousin récemment créée.

Thierry Raspail

Directeur du Musée d’Art Contemporain de Lyon depuis 1984. Directeur Artistique de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon depuis 1991.

Danièle Yvergniaux

Directrice du Parc Saint-Léger, Centre d’art contemporain Pougues-les-Eaux. De 1986 à 1998, elle a été responsable de la Mission Arts Plastiques auprès du Département des Côtes d’Armor (ODDC). Depuis 1998, elle est Directrice du Parc Saint-Léger – Centre d’art contemporain Pougues-les-Eaux (Nièvre).

 

L’art contemporain : une relation active au(x) public(s)

 

Les institutions d’art contemporain favorisent la rencontre entre le public et la création contemporaine sur des modes différents de ceux de la consommation culturelle. Leurs actions ont permis d’identifier des publics spécifiques pour lesquels des réponses appropriées sont continuellement inventées et expérimentées. Elles s’inscrivent dans une logique de démocratisation artistique et répondent ainsi aux missions de service public du secteur de l’art contemporain.

 

Modérateur

Stéphane Doré

Conseiller aux arts plastiques de la DRAC Centre, membre de l’Association Nationale des Conseillers aux Arts Plastiques – ANCAP

 

Il a travaillé une dizaine d’années auprès de Jean Fournier, dans sa galerie et a mené parallèlement de nombreuses activités : conférencier dans les galeries, professeur invité à l’école nationale des beaux-arts de Paris, rédacteur régulier au Journal des Expositions, membre fondateur de Glassbox à Paris… Il a ensuite exercé les fonctions de conseiller pour les arts plastiques en Auvergne, aujourd’hui, en région Centre.

 

Intervenants

Robert Girerd

Inspecteur de l’Education nationale à l’Académie de Lyon

 

Il est également formateur à l’IUFM Centre de Lyon depuis 2004 et aux Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMEA), depuis 1978. Il est membre du groupe national Art et Culture à l’Académie de Lyon, Inspecteur de l’Education nationale depuis 1994.

Martine Cousin

Administratrice des Résidences Ateliers d’artistes des Arques

 

Autodidacte, son parcours professionnel est marqué par une forte hétérogénéité : de la communication à la menuiserie, de la gestion d’associations au développement local et à la formation.

Claire Legrand

Responsable du service des publics au Frac Bourgogne et Présidente de l’Association nationale des personnes en charge des relations des publics à l’art contemporain - Un moment voulu

 

Elle a été chargée de diffusion de la collection du Frac Bretagne pour la Galerie du TNB à Rennes à partir de 1992. Durant la même période, elle a collaboré à la Maîtrise des Sciences et Techniques - métiers de l’exposition à l’Université de Rennes en tant que professionnelle associée.


Pierre Marsaa

Médiateur délégué de la Fondation de France pour le programme Nouveaux Commanditaires en Aquitaine

 

En tant que médiateur, il a notamment suivi les projets de commandes artistiques pour la ville d’Excideuil en Dordogne, l’Hôpital de la ville de Brive (Limousin), le centre social R32 à Bordeaux, le musée Bonnat à Bayonne … Il est par ailleurs urbaniste de profession et muséographe.

 

Art contemporain et territoires : quels enjeux politiques ?

 

Pourquoi des élus choisissent-ils de se positionner sur une politique en faveur de l’art contemporain ? Dans quelle mesure un projet artistique peut-il être porteur d’ouverture pour la collectivité territoriale ?

Modérateur

Dominique Marchès

Directeur artistique du domaine départemental de Chamarande, Conseil général de l’Essonne, membre de l’association nationale des Directeurs de Centres d’Art – DCA

 

Il a été le fondateur et directeur du centre régional d’art contemporain de Châteauroux de 1978 à 1984, puis directeur de la galerie d’art contemporain de Tours en 1985 et 1986. Chargé de préfiguration pour le projet artistique de Vassivière en Limousin en 1986/1987, il y a assumé les fonctions de directeur du centre d’art contemporain jusqu’en 2001.

 

Intervenants

Muriel Marland-Militello

Députée des Alpes-Maritime (2ème circonscription)

 

Membre de la commission des affaires culturelles, Présidente du groupe d’études sur le développement de la vie associative et du bénévolat et Vice-Présidente du groupe d’études sur les arts de la rue à l’Assemblée nationale, elle a présenté, en octobre 2003, à l’Assemblée nationale un avis sur le soutien à la création contemporaine en arts plastiques.

Yvon Deschamps

Conseiller régional de Rhône-Alpes, membre de la commission culture

 

Il est également Président de l’Office Public d’Aménagement et de Construction (OPAC) du Grand Lyon et Adjoint aux finances de la Ville de Lyon.

Serge Flandin

Président d’honneur de la Fédération Nationale des Collectivités Territoriales pour la Culture - FNCC

 

Architecte de profession, il est élu, en 1983, Conseiller municipal, puis devient Adjoint à la Culture et à la Communication à Montélimar en 1989. Trésorier de la FNCC pendant 9 ans, il devient Président en juillet 2002 puis Président d’honneur en septembre 2004.

Jean-Pierre Saez

Directeur de l’Observatoire des politiques culturelles

 

Il est, depuis 1990, fondateur et rédacteur en chef de L’observatoire, revue semestrielle éditée par l’Observatoire. Chargé de cours à l’Institut d’études Politiques de Grenoble, il est également président du Festival des 38e Rugissants (musiques nouvelles). Expert auprès du Conseil de l’Europe, il participe depuis de longues années à l’animation de divers réseaux culturels européens.

L’art contemporain : une relation active au(x) public(s)

Les institutions d’art contemporain favorisent la rencontre entre le public et la création contemporaine sur des modes différents de ceux de la consommation culturelle. Leurs actions ont permis d’identifier des publics spécifiques pour lesquels des réponses appropriées sont continuellement inventées et expérimentées. Elles s’inscrivent dans une logique de démocratisation artistique et répondent ainsi aux missions de service public du secteur de l’art contemporain.
 
 
Modérateur
Stéphane Doré
Conseiller aux arts plastiques de la DRAC Centre, membre de l’Association Nationale des Conseillers aux Arts Plastiques – ANCAP. Il a travaillé une dizaine d’années auprès de Jean Fournier, dans sa galerie et a mené parallèlement de nombreuses activités : conférencier dans les galeries, professeur invité à l’école nationale des beaux-arts de Paris, rédacteur régulier au Journal des Expositions, membre fondateur de Glassbox à Paris… Il a ensuite exercé les fonctions de conseiller pour les arts plastiques en Auvergne, aujourd’hui, en région Centre.
 
Intervenants
 
Robert Girerd
Inspecteur de l’Education nationale à l’Académie de Lyon. Il est également formateur à l’IUFM Centre de Lyon depuis 2004 et aux Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMEA), depuis 1978. Il est membre du groupe national Art et Culture à l’Académie de Lyon, Inspecteur de l’Education nationale depuis 1994.
 
Martine Cousin
Administratrice des Résidences Ateliers d’artistes des Arques. Autodidacte, son parcours professionnel est marqué par une forte hétérogénéité : de la communication à la menuiserie, de la gestion d’associations au développement local et à la formation.
 
Claire Legrand
Responsable du service des publics au Frac Bourgogne et Présidente de l’Association nationale des personnes en charge des relations des publics à l’art contemporain - Un moment voulu. Elle a été chargée de diffusion de la collection du Frac Bretagne pour la Galerie du TNB à Rennes à partir de 1992. Durant la même période, elle a collaboré à la Maîtrise des Sciences et Techniques - métiers de l’exposition à l’Université de Rennes en tant que professionnelle associée.
 
Pierre Marsaa
Médiateur délégué de la Fondation de France pour le programme Nouveaux Commanditaires en Aquitaine. En tant que médiateur, il a notamment suivi les projets de commandes artistiques pour la ville d’Excideuil en Dordogne, l’Hôpital de la ville de Brive (Limousin), le centre social R32 à Bordeaux, le musée Bonnat à Bayonne … Il est par ailleurs urbaniste de profession et muséographe.
 
 
Robert Girerd
En tant qu’Inspecteur à l’Education Nationale il me paraît important de défendre une certaine conception de la culture à l’école et de l’éducation culturelle et interculturelle. Le développement de la personne passe par son développement culturel, l’éducation artistique est de nature à donner à l’élève la soif d’apprendre, la volonté de maîtriser la langue, à l’oral comme à l’écrit. Elle développe l’esprit de tolérance car elle est ouverture à l’autre, affirmation de l’originalité, respect de la différence. Il s’agit de développer l’éducation artistique dans l’école et dans la commune, lieu de vie de l’enfant mais aussi des parents et des citoyens. Développer la pratique des lieux culturels de proximité a donc été pour moi un objectif fort.
 
J’ai mis en œuvre des pratiques et des dispositifs qui allaient dans ce sens. J’en citerai deux et je m’arrêterai plus longuement sur le deuxième, il s’agit des projets Les rencontres de classes qui dansent et le projet Reg’art en myttos
 
Les rencontres de classes qui dansent permettent la rencontre de deux professionnels, le pédagogue et l’artiste. Les dispositifs de ces rencontres sont fondés sur des pratiques artistiques dans les classes avec des enseignants et des artistes qui aboutissent à un événement annuel dans l’espace culturel le plus proche géographiquement, ce qui permet de valoriser et médiatiser le travail.
 
Le projet Reg’art en myttos permet une collaboration étroite entre un lieu culturel, l’artothèque de Lyon, un espace culturel dans les communes de la circonscription rurale et les écoles. Nous avons ainsi organisé, pendant deux ans, des expositions d’œuvres de l’artothèque de la ville de Lyon dans différentes communes. Ces expositions traitent d’un thème précis, en lien avec les projets des écoles. Tout au long de l’année scolaire ces œuvres circulent d’une commune à l’autre. Cette exposition est toujours hors de l’école dans un lieu repéré comme culturel par les habitants de la commune. Lors du vernissage les élèves viennent avec leurs enseignants et leurs parents. Ce qui sous tend ce projet c’est la rencontre : rencontre autour de l’art contemporain, rencontre autour d’une exposition dans la commune, rencontre de générations… Ce projet vise à ancrer la pratique artistique dans l’école et dans la commune, à confronter la pratique artistique des élèves à celle des artistes, a créer un nouveau rapport à l’art contemporain par la rencontre des générations autour d’une exposition dont le projet part de l’école, à la mise en réseau des écoles et des communes autour d’un projet commun. Le temps du vernissage accompagné d’une visite commentée de l’exposition est nécessaire et très important pour accueillir les habitants du village. Des formations, parallèlement à l’exposition, sont aussi proposées aux enseignants.
 
Le bilan de ces deux années de projets est positif, ils ont permis une plus grande implication des écoles et des communes, un investissement renouvelé des enseignants lors des formations, un autre regard sur l’école, un plus haut niveau de pratique artistique et culturelle à l’école, un vrai travail autour de l’animation de la commune.
 
 
Martine Cousin
Les Arques se situe dans le département du Lot, un village de 170 habitants à 30 km de Cahors. Le projet de résidence d’artistes des Arques a débuté en 1988 avec l’ouverture du Musée Zadkine aux Arques – projet porté par le département du Lot et le Musée Zadkine de Paris, puisque Zadkine a vécu en alternance à Paris et aux Arques. Le musée s’est ouvert grâce à un fond prêté par la ville de Paris, et dans le même temps les résidences d’artistes ont démarré. Comme le village Les Arques ne comptait plus que 130 habitants (la population avait été divisée par deux en moins de dix ans), il fallait imaginer une solution pour enrayer cette spirale. Là où d’autres communes du Lot ont choisi de favoriser l’implantation d’entreprises, Les Arques a fait le pari de la culture. De 1988 à 2001, les résidences ont fonctionné à hauteur de trois semaines par an, sous la direction d’un commissaire différent chaque année. Ce projet a été très soutenu par la Direction régionale des affaires culturelles Midi-Pyrénées, par le département et la région. Aujourd’hui, les résidences fonctionnent avec, au cœur du village, cinq maisons individuelles et quatre ateliers. Ces maisons sont des bâtisses rurales, qui ont été réaménagées avec grand soin. Nous accueillons entre janvier et juillet cinq à neuf artistes ; ils restent en moyenne deux mois. Nous exposons ensuite de juillet à la mi-septembre les travaux des résidences, et enfin nous produisons avec eux plusieurs catalogues.
 
Le but de mon exposé est de vous décrire un projet culturel qui mêle projet territorial et projet artistique. Toute l’histoire des Arques est un va-et-vient entre le territoire et l’art. Les artistes sont sollicités précisément sur ce rapport du territoire et du milieu vivant, au sens large. Au cour de la résidence, les artistes sont invités à rencontrer les habitants des Arques et de trois villages aux alentours. Pourquoi ? Simplement parce que nous sommes, là -bas, dans un petit environnement où l’on se croise dans la rue et il est important que les résidents puissent se présenter en tant qu’artiste, en montrant leurs travaux antérieurs. C’est un réel moment de médiation, difficile, et que j’espère le moins dramatique possible. L’idée est justement de dédramatiser cette rencontre entre un public rural et un artiste contemporain, de passer par-dessus les clichés. Ces rencontres sont très conviviales, et ont un très grand succès, puisque nous arrivons à rassembler entre 60 et 80 personnes à chaque rencontre.
 
Il faut préciser aussi qu’aux Arques, il n’existe pas de salle d’exposition. Ceci implique que les artistes exposent où ils le souhaitent et là où c’est possible. Les trois quarts du temps, les expositions se tiennent dans les espaces publics, parfois privés lorsqu’ils nous sont prêtés par les habitants. Les personnes qui visitent Les Arques viennent pour voir, avant tout, les deux églises romanes et le Musée Zadkine. En se promenant, ils rencontrent donc des œuvres d’art contemporain sans s’y attendre vraiment : dans le village, autour du village, dans les chemins de randonnées…
 
Il n’y a pas de programme de médiation en tant que tel, nous restons le plus souple possible sur ce point. En fait, les habitants eux-mêmes font un gros travail de médiation, dans la mesure où ils savent comment et pourquoi les œuvres ont été produites. Ce sont même eux qui assurent la maintenance des œuvres pendant l’été. Bref, ils sont impliqués jusque dans l’élaboration de l’œuvre, puisqu’ils apportent très souvent certains éléments constituant l’œuvre. Nous impliquons ainsi les habitants, et même toute la population du canton, qui est invitée au vernissage – entre 250 et 300 personnes se rendent dans le village à ces vernissages. C’est d’ailleurs un temps de rencontre très détendu.
 
Ce projet a été très fortement soutenu par les élus qui restent très attentifs à l’évolution de la structure. C’est une manière de les faire participer à l’élaboration de nos projets dans le temps.
 
Stéphane Doré
Remarquons que la viabilité de votre projet ne pourrait être maintenue s’il était financé uniquement par la commune. Un tel projet implique la participation d’autres collectivités, notamment ici le département et la région qui représentent un ensemble plus large du territoire et de ses habitants. D’autre part, il s’agit d’abord d’un projet artistique, évalué et élaboré avec les habitants. Enfin, il n’y a pas de lieu d’exposition spécifique et les œuvres en question sont éphémères, elles vont être enlevées. Quelle est la réaction des habitants face à cette disparition des œuvres.
 
Martine Cousin
Très souvent les habitants s’attachent aux oeuvres. Quand nous les démontons, ils nous demandent de les laisser plus longtemps. Je crois qu’il y a un attachement réel, c’est-à -dire une véritable appropriation.
 
Ce projet existe en effet parce qu’il est financé à parité par la Drac, la région et le département. En proportion, la participation de la commune est faible, mais elle représente tout de même 5% de son propre budget.
 
 
Claire Legrand
Le poste de responsable du service des publics a été créé à l’initiative du directeur précédent, Emmanuel Latreille, en 1999, et se poursuit aujourd’hui avec la nouvelle directrice, Eva Gonzalez-Sancho.
 
Quel est l’enjeu réel de notre action ? C’est la rencontre certes avec l’artiste, mais aussi et d’abord la rencontre avec ce qu’il produit. Il y a rencontre entre un projet artistique et un public, public que nous ne pouvons caractériser, dont nous ignorons tout. Il s’agit alors pour nous d’assurer, au delà du seul jugement de valeur, que s’instaure une relation avec l’œuvre.
 
Pour des raisons que nous ignorons, des personnes décident de franchir la porte du Fonds régional d’art contemporain (Frac). Ne sachant rien de ces visiteurs, nous mettons en place un accueil minimum et fournissons un document d’accompagnement qui délivre les informations nécessaires.
 
Les visiteurs attendent très souvent une explication, une clef ; mais ni moi, ni personne ne possède ce trousseau de clef, le sésame d’une œuvre. Notre travail consiste donc simplement à montrer que la porte est ouverte, que l’œuvre est là , à disposition, c’est-à -dire à garantir la possibilité d’une relation avec elle. Parfois des jugements de valeur font obstacle à cette relation. Exemple : une salle blanche est froide, peu accueillante. Comment les faire rester dans cette salle dont ils se sentent rejetés ? On va proposer des moments, un temps qui leur donne la possibilité de se sentir moins mal à l’aise, et nous regardons avec eux les œuvres.
 
Afin de faciliter le franchissement de la porte, le Frac participe à ces évènements mis en place depuis les années 80, en particulier les Journées du patrimoine. Mais pour toucher plus de visiteurs, il faut encore inventer d’autres formes, s’en remettre, par exemple, à des groupes constitués : les cours du soir des écoles des Beaux-Arts, les Amis des musées, ou les organismes de loisirs. On peut compter aussi sur l’Education Nationale, dont on imagine qu’il est le premier de nos publics, à ceci près que les changements de politique ont beaucoup modifié cette réalité. Ainsi, ce sont de plus en plus les choix individuels des enseignants qui permettent aux enfants d’être en relation avec l’art contemporain. Cette année, dans les quatre groupes de l’IUFM de Dijon que nous avons accueillis, 70% des futurs instituteurs n’avaient jamais mis les pieds dans un musée, quel qu’il soit. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas constaté un tel déficit.
 
Pour conclure, je tiens seulement à souligner la nécessité d’avoir des lieux appropriés pour montrer les œuvres. Je pense ici à certains bâtiments, certaines écoles par exemple, où il n’existe pas un seul mur pour accrocher une œuvre.
 
 
Pierre Marsaa
Je suis médiateur en Aquitaine du programme des Nouveaux Commanditaires de la Fondation de France, mais je suis aussi et d’abord urbaniste. Mon point de vue est donc différent : je pense moins en terme de public, qu’en termes d’habitant, voire de citoyen. Il s’agit d’améliorer leur cadre de vie, mais aussi faire que l’espace public devienne un lieu de dialogue. C’est dans ce cadre que je suis passé d’urbaniste à médiateur, et je pense l’un avec l’autre et dans les deux sens.
 
Le programme des Nouveaux Commanditaires pose que n’importe quel citoyen doit être en mesure de passer commande à des artistes pour une œuvre d’utilité publique. Ce programme suppose donc la conjonction entre trois acteurs : le commanditaire, le médiateur et l’artiste.
 
L’expérience de médiation que je vais vous raconter s’est déroulée dans un village de 1500 habitants en Aquitaine, qui s’appelle Excideuil. Au départ de ce projet, il y a la volonté de la municipalité de réfléchir, avec les habitants, à l’aménagement de l’espace public. Elle s’adresse alors à la Direction régionale des affaires culturelles, et non à la Direction départementale de l’équipement, comme c’est le cas habituellement. En tant qu’urbaniste, j’ai conçu un plan d’aménagement qui intègre des éléments symboliques avec des exigences fonctionnelles. Nous avons soumis ce plan à toutes les associations actives du village. Sept associations ont alors émis le désir de travailler, avec un artiste, à l’aménagement des lieux et un groupe de commerçants s’est formé afin de travailler à l’aménagement d’une rue commerçante. Lors de la première réunion, quinze commerçants étaient présents, ils parlaient de l’aménagement des trottoirs, des parkings, etc., mais aussi de la nécessité de travailler à une meilleure visibilité et au repérage des commerces. J’ai capté cette demande émanant en particulier de quatre commerçants et nous nous sommes alors lancés dans l’aventure. Nous avons élaboré un cahier des charges, puis très vite ils ont imaginé plus précisément le projet.
 
A ce stade, la médiation est d’abord un travail de mise en commun : il faut faire en sorte que la demande formulée par les commerçants puisse relever de l’intérêt général. Il est aussi nécessaire de parvenir à anticiper un contexte, d’imaginer que cette proposition puisse valoir dans le futur. Enfin, ce projet doit pouvoir être entendu par un artiste, autrement dit, il faut mettre les commanditaires dans une situation de patience, car la réponse n’est ni immédiate, ni globale. L’artiste n’est pas là pour résoudre des problèmes, mais pour mettre en place un processus qui révèle, en réalité, des questions. Evidemment, il faut imaginer que les commerçants étaient, à ce moment, plutôt perplexes. Mais ils se sont mis d’accord sur un enjeu : comment faire connaître le village, et comment se faire connaître ? C’est-à -dire non seulement comme commerçants, mais surtout comme habitants et citoyens d’une petite ville. C’est cette question qu’ils ont transmise à l’artiste. A cette phase, la décision doit intervenir assez vite. J’ai alors songé à l’artiste Jean-Luc Moulène et je leur ai proposé son nom – et seulement le sien contrairement à d’autres situations où je fais plusieurs hypothèses. J’ai invité Jean-Luc Moulène à Excideuil, et tout s’est très mal passé ! La première rencontre est toujours décisive ; en l’occurrence Jean-Luc Moulène a présenté son travail et les commerçants n’ont rien compris. Ils disaient : « s’il revient, il faudra qu’il apprenne à parler français d’abord… » ! Jean-Luc Moulène de son côté me disait : « je ne comprends pas ce qu’ils veulent ! »
 
Nous avons tout de même organisé une seconde rencontre. Au cours du repas Jean-Luc Moulène discute avec l’un des commerçants qui est imprimeur, et le lien se fait, sur la base d’un rapport à la technique. A partir de là , Jean-Luc Moulène lance le travail et propose de faire 100 images, qui seraient disposées dans le bottin. La proposition est acceptée, mais il faut encore qu’elle puisse s’ouvrir à la collectivité, et en premier lieu qu’elle interpelle les élus. Jean-Luc Moulène passe un mois dans le village, réalise ce bottin qui est distribué à tous les habitants au cours d’un pique-nique… La première diffusion est très locale, mais elle est suivie par une diffusion nationale grâce aux éditions Jean-Michel Place. Les commerçants ne sont pas encore très satisfaits. Jean-Luc Moulène suggère alors que les commerçants s’emparent des images afin qu’ils en soient eux-mêmes les diffuseurs et les médiateurs. Autrement dit, les autres commerçants et les autres associations sont sollicités, afin qu’ils choisissent une image et la déclinent sur divers supports. Le syndicat d’initiative lance une série de cartes postales, France Telecom réalise une série de mobicartes, les pompiers font leur calendrier, etc.
 
Cette histoire date d’il y a quatre ans ; aujourd’hui les œuvres sont introuvables – sauf sur les vieux supports des commerçants. Quand je rencontre l’un d’entre eux, il me reparle, comme au tout début, de son idée de panneau à l’entrée du village… mais avec le désir d’y mettre des images de Jean-Luc Moulène ! Bref, il y a bien quelque chose qui a été ouvert. Souvent, quand on parle de public, on souhaite quantifier les choses. Mais comment quantifier ici ? Cela reste alors forcément un peu fragile.

Art contemporain et territoires : quels enjeux politiques ?

Pourquoi des élus choisissent-ils de se positionner sur une politique en faveur de l’art contemporain ? Dans quelle mesure un projet artistique peut-il être porteur d’ouverture pour la collectivité territoriale ?

Modérateur

Dominique Marchès
Directeur artistique du domaine départemental de Chamarande, Conseil général de l’Essonne, membre de l’association nationale des Directeurs de Centres d’Art – DCA. Il a été le fondateur et directeur du centre régional d’art contemporain de Châteauroux de 1978 à 1984, puis directeur de la galerie d’art contemporain de Tours en 1985 et 1986. Chargé de préfiguration pour le projet artistique de Vassivière en Limousin en 1986/1987, il y a assumé les fonctions de directeur du centre d’art contemporain jusqu’en 2001.
 

Intervenants

Muriel Marland-Militello
Députée des Alpes-Maritime (2ème circonscription). Membre de la commission des affaires culturelles, Présidente du groupe d’études sur le développement de la vie associative et du bénévolat et Vice-Présidente du groupe d’études sur les arts de la rue à l’Assemblée nationale, elle a présenté, en octobre 2003, à l’Assemblée nationale un avis sur le soutien à la création contemporaine en arts plastiques.
 
Yvon Deschamps
Conseiller régional de Rhône-Alpes, membre de la commission culture. Il est également Président de l’Office Public d’Aménagement et de Construction (OPAC) du Grand Lyon et Adjoint aux finances de la Ville de Lyon.
 
Serge Flandin
Président d’honneur de la Fédération Nationale des Collectivités Territoriales pour la Culture – FNCC. Architecte de profession, il est élu, en 1983, Conseiller municipal, puis devient Adjoint à la Culture et à la Communication à Montélimar en 1989. Trésorier de la FNCC pendant 9 ans, il devient Président en juillet 2002 puis Président d’honneur en septembre 2004.
 
Jean-Pierre Saez
Directeur de l’Observatoire des politiques culturelles. Il est, depuis 1990, fondateur et rédacteur en chef de L’observatoire, revue semestrielle éditée par l’Observatoire. Chargé de cours à l’Institut d’études Politiques de Grenoble, il est également président du Festival des 38e Rugissants (musiques nouvelles). Expert auprès du Conseil de l’Europe, il participe depuis de longues années à l’animation de divers réseaux culturels européens.
 
Dominique Marchès
Dans un premier temps, je salue chaleureusement les élus présents ici. Vous le savez, les élus sont parfois réticents à mener une politique en faveur de l’art contemporain. Or depuis vingt ans, avec la décentralisation, l’art contemporain est devenu une aventure partagée et sans le soutien des élus, nous ne serions pas là aujourd’hui.
Rappelons également, pour répondre au divorce supposé entre artistes et responsables d’institutions, que ces derniers ne sont pas que des technocrates culturels, souvent ce sont aussi des artistes qui masquent un peu leur pratique ou d’anciens artistes engagés dans un projet.
 
Pour introduire cette table ronde, je souhaiterais faire une série de remarques rapides :
Parler du rapport entre art et territoire nécessite de souligner que l’art contemporain a changé et qu’il exige aujourd’hui de nouveaux fonctionnements structurels.
Penser global, agir local est le slogan qui nous anime dans les territoires, avec la même foi quelle que soit la dimension des projets.
 
Nous disons souvent que les relations avec les élus sont compliquées. Mais sont-elles vraiment ce que l’on croit ? Nous entendons souvent parler, à propos de la décentralisation, d’un risque de retour au conformisme, d’un risque de tentations populistes et clientélistes. Qu’en est il ? Quel doit être alors le rôle des porteurs de projets artistiques ?
L’autonomie des artistes et des directeurs artistiques est essentielle. L’autonomie dont il est ici question doit nous amener à interroger les statuts de nos structures et leurs modes de gestion. Thierry Raspail, ce matin, a beaucoup utilisé le mot “entreprise”. Personnellement, il ne me choque pas, dans la mesure où nous produisons effectivement des choses, avec les artistes.
La volonté politique conjuguée à celle des artistes et des porteurs de projets, permet la réalisation des projets. En revanche, sans la volonté politique, rien n’est possible.
Dernière remarque : n’ayons pas peur de prendre des risques. Ce n’est pas parce qu’on décentralise que les collectivités ne doivent pas être audacieuses.
 

Je commence par une question générale : pourquoi des élus choisissent-ils de se positionner sur une politique en faveur de l’art contemporain ?
 
Muriel Marland-Militello
Je vais répondre sur deux points.
Personnellement, j’ai estimé que c’était mon devoir moral d’apporter mon soutien et ma reconnaissance à des artistes qui ont fait le bonheur de ma vie ; que je devais porter cette parole au-delà du cercle intime, dans ce laps de temps où je peux avoir un auditoire conséquent. De façon plus étendue et plus large, je dirais que les plasticiens et les créateurs sont, pour un élu, des personnes qui vont nous apporter un regard nouveau et critique sur le modèle de société. Quand on fait de la politique, on a nécessairement une conception de la société, et quand on regarde une peinture ou une sculpture, dans le silence de la relation qui s’établit entre le regard de l’élu et la création de l’artiste, il y a une “réflexion” - au sens propre du terme. Cette réflexion suscite forcément un examen critique sur soi-même en tant qu’élu et sur le modèle de société que l’on tend à imposer à ses citoyens. Toute création suscite un réflexe de peur, et la peur est une mauvaise conseillère. Chaque élu confronté à l’esprit critique, à la contestation d’un visionnaire ou simplement d’un témoin de son temps, se pose alors la question de savoir ce que l’on peut faire, et ce que l’on doit faire. Ce que l’on doit faire doit être le produit de ce que l’on veut faire et de ce que l’on vous dit de faire. C’est donc pour moi une raison d’éthique, de morale. Si beaucoup d’élus ont peur des créateurs, c’est qu’il est plus confortable de vivre avec ses certitudes. Chaque milieu vit avec ses pairs ; pour les médecins, ce n’est pas grave, ils parlent de médecine et c’est leur métier ; pour les avocats, c’est la même chose ; mais le politique n’est pas un technicien, c’est un généraliste. C’est un homme qui doit englober la responsabilité d’une société et prendre en compte la pluralité des subjectivités d’une société. Or il est plus facile de parler médecine avec un médecin, de droit avec un avocat, que de parler avec un artiste d’une esthétique que l’on ne comprend pas. Mais c’est pourtant cela qui est intéressant. Et c’est même ce qui est particulièrement intéressant avec la création plasticienne : ce rapport à la durée et au silence qui n’existe pas dans les arts vivants. Du regard de l’élu à la création de l’artiste, il y a un espace pour l’esprit critique. Les meilleurs élus sont ceux qui ont le courage de douter d’eux-mêmes. Voilà ma première idée.
 
Pourquoi peu d’élus se consacrent-ils à l’art contemporain ? La réponse est vraiment simple : cela ne rapporte absolument aucune voix. Les artistes plasticiens travaillent seuls, avec peu de représentativité, et l’on ne trouve que des initiés pour s’intéresser à eux. C’est la raison pour laquelle, en tant qu’élu, je vais m’intéresser à eux. Car la tâche d’un élu, c’est aussi de soutenir les causes difficiles. Je suis une députée de base, élue un peu par hasard. Si j’apporte mon soutien à des causes majoritaires, cela n’apporte rien à ces causes. En revanche, aider des gens dont je suis convaincue de la nécessité sociale et de l’intérêt patrimonial, et qui ne sont défendus par personne, alors là il y a un sens. C’est pourquoi dans le rapport sur le budget que j’ai présenté à l’Assemblée nationale [1], j’ai choisi comme thème personnel l’art contemporain. Je tenais à mettre en lumière l’intérêt que peut revêtir ce champ. J’ai choisi trois lieux emblématiques : un centre expérimental qu’est le Palais de Tokyo ; un lieu lié aux politiques de décentralisation, à savoir les fonds régionaux d’art contemporain ; enfin un lieu qui me touche personnellement, la Villa Arson.
 
J’ai une conception de ce que doit faire un élu national en matière de politique d’art contemporain – et je serais ravie qu’on la conteste, je suis là pour ça. Je tiens à deux idées. La première est que, je crois, les dépenses publiques et privées doivent s’axer sur l’innovation. Le patrimoine de demain, c’est l’innovation de maintenant. Il faut prendre ici le risque d’une inconnue. Dans une société où l’assistanat est devenue presque une règle de droit moral, il est important de prendre le risque de s’investir physiquement et financièrement pour un créateur nouveau. La pire des choses qui puisse arriver en matière d’art contemporain, c’est de juger. Je pense que lorsque l’on critique l’élitisme, on n’a pas le droit de viser par là la valeur de l’œuvre dans le temps. L’artiste crée, il expose : prenons le risque de l’aider.
 
Pour que cet artiste soit regardé, il lui faut un public. Et ici, le rôle d’un élu est de démocratiser ce regard. Pour démocratiser ce public, il n’existe que deux lieux qui sont du ressort du gouvernement et des parlementaires. C’est d’abord l’école. Je trouve inadmissible que dans le socle fondamental de l’enseignement, dans les matières culturelles, ne soit enseignée que la littérature, le verbe. Il n’y a pas d’éducation artistique obligatoire à l’école. Or, si l’art contemporain est peu aidé, c’est parce qu’il y a peu de public ; et s’il y a peu de public, c’est parce qu’il n’y a pas de formation. Et s’il y a peu de public, alors aussi, il y a peu de politiques pour s’en occuper. C’est un cercle vicieux ! Le second domaine où les élus ont un rôle, c’est la télévision. Je ne vois pas l’intérêt d’avoir un audiovisuel public, que nous finançons, s’il n’est pas différent de l’audiovisuel privé. C’est pourquoi je suis totalement opposée au financement par la publicité des chaînes publiques. Tant qu’il y aura ce financement publicitaire, commercial, il y aura nécessairement course à l’audimat, et nivellement par le bas. A partir du moment où il n’y a pas d’éducation artistique à l’école, il est difficile d’avoir un public de téléspectateurs intéressés par une émission sur l’art contemporain. Il est très grave que les citoyens soient en décalage par rapport à la création, c’est-à-dire qu’ils ne soient capables de s’intéresser qu’à Dürer ! Dürer, c’est formidable, mais c’est une création d’une autre époque. Il faut aller vers son présent. Et là le constat est terrible, au moins pour une raison de citoyenneté ! La télévision publique n’a pas de sens si elle ne remplit pas ses missions de service public, comme la sensibilisation à la création contemporaine. La mission de service public, c’est faire ce que les autres ne font pas, faire ce qui n’a pas de prix. C’est mon deuxième combat.
 
Pour l’instant, ce sont deux batailles que j’ai perdues. Évidemment, je vais avoir du mal à empêcher le financement publicitaire de la télévision publique. Mais je peux essayer de favoriser la présence d’émissions sur l’art contemporain à des moments de grande audience. Nous sommes à un époque charnière et il faut bien commencer par un bout.
Pour conclure, je voudrais dire que dans notre société qui se croit sans repère, il existe un repère auquel personne ne fait attention, et c’est l’art.
 
Yvon Deschamps
Je ne suis pas un élu culturel, je suis certes membre de la commission culture du Conseil régional Rhône-Alpes, mais d’abord adjoint aux finances à la Ville de Lyon. J’ai la responsabilité de dire plus souvent « non » que « oui », parce que, hélas, le Premier Ministre ne nous oublie pas dans ses arbitrages budgétaires, et les recettes en provenance de l’Etat diminuent années après années.
 
Muriel Marland-Militello insistait à l’instant sur la nécessité d’une formation à l’art dès la plus petite enfance. Depuis 2001, nous avons passé une convention avec le Ministère de la culture pour, à titre expérimental, développer des cours d’approches aux arts plastiques, dès l’école maternelle. Tout cela est fort bien, mais plus le temps passe, plus les dotations de l’Etat diminuent, en dépit des engagements signés. Madame la députée, si vous avez une quelconque influence, je vous en prie, faites que nous puissions continuer ce travail en direction de la petite enfance, des arts plastiques et de l’art contemporain !
 
Ayant dit cela, pourquoi est-ce que je m’intéresse aux problématiques culturelles, en tant qu’homme politique ? Pour deux raisons. La première est personnelle, c’est la conviction que dans les œuvres, il y a l’occasion fantastique de se construire soi-même. Dans la construction de l’œuvre, il y a un feed-back, par lequel nous nous construisons nous-mêmes. J’ai de l’homme une conception : je pense qu’il se construit tous les jours, par opposition à une conception christique où tout lui serait donné à la naissance. Ensuite, il y a la dimension collective de cette construction. La culture est un outil d’émancipation. En ce sens, je considère que toute atteinte à l’action culturelle est une atteinte à l’émancipation et à la démocratie.
 
La deuxième raison, et sans taquinerie aucune, pourrait se référer à une phrase de Lénine qui disait qu’il n’y a aucune contradiction entre le beau et l’utile. Je suis élu local, mais aussi président d’un Opac (Office public d’aménagement et de construction). Cet Opac gère 22.000 logements dont 60% sont en zone urbaine sensible. Quand des pierres volent à Vénissieux ou à Vaulx-en-Velin, quand l’émeute urbaine rôde, ce sont dans ces immeubles que cela se déroule. Je n’insiste pas sur ce point, je veux juste dire que je suis impliqué par les enjeux de la précarité. Je pense que ces personnes ont droit à autre chose qu’à la stigmatisation sociale que leur vaut leur enfermement dans une ZUP (Zone à Urbaniser en Priorité). L’action culturelle, l’approche de l’art contemporain, permet de placer ces gens dans une spirale de construction inverse à celle de la marginalisation. Voilà , rapidement dit, et sans démagogie je vous prie de le croire, la raison pour laquelle je m’intéresse à l’art contemporain.
 
Serge Flandin
Je me suis intéressé aux arts plastiques parce que je suis tombé dedans quand j’étais petit… Sans être un spécialiste, mes études à l’école des Beaux-Arts m’ont amené à découvrir cet univers. Il m’a semblé nécessaire de faire partager les émotions que j’y ai trouvées une fois que j’ai pu accéder à un mandat d’élu. Je crois, qu’au-delà de la construction personnelle, il y a la volonté de partager une passion. Je profite de cette introduction pour revenir sur les propos que vous avez tenus, Madame la députée, car je pense qu’une partie du problème dépend effectivement des orientations que fixera l’Etat en matière d’éducation. L’ouverture à la culture et aux arts plastiques passe par l’éducation dès les premiers âges. Sans cette prise de conscience collective, je pense que l’art contemporain restera dans un ghetto. Je ne voudrais pas choquer ici les professionnels que vous êtes, et que je sais préoccupés par la construction d’un public, mais il est vrai que la fréquentation des lieux d’art contemporain reste le fait d’une élite. Parfois le discours que vous tenez n’ouvre pas toutes les portes, y compris auprès des élus. Il faut savoir parfois s’ouvrir aux autres et ne pas rester seulement entre gens du même milieu. La résistance de certains élus, outre qu’effectivement l’art contemporain rapporte peu de voix, révèle aussi l’hermétisme des discours sur l’art.
 
Je profite encore de la présence de Madame la députée pour signaler que cette démarche pourrait être utile au décloisonnement des services de l’Etat, au-delà de l’Education Nationale, puisqu’un des moyens de démocratiser l’art contemporain consisterait à l’offrir aux yeux du plus grand nombre, c’est-à-dire qu’il fasse partie intégrante de nos cités. Je pense à la nécessité de faire sortir les artistes des institutions et des musées, pour qu’ils se retrouvent dans la rue. Et cela dépend des services de l’Etat, de leur cloisonnement, si on pense que l’aménagement du territoire dépend essentiellement des ingénieurs formés dans les grandes écoles, et que là aussi la formation aux arts plastiques ne semble pas être le fort des ingénieurs de la DDE (Direction Départementale de l’Equipement). C’est un gros chantier à mettre en route. Je crois aussi qu’il faut remettre au goût du jour le 1% et l’étendre, non plus seulement au coût de construction, mais aussi au budget de l’aménagement urbain, qu’il soit mis dans la création contemporaine, au service des artistes. Je veux dire associer l’artiste au plan d’aménagement, et pas simplement lui acheter une œuvre qui sera au centre d’un rond-point.
 
Dominique Marchès
La seconde question est relative à l’instauration de droits pour les artistes, à l’application du droit d’exposition ou de monstration. C’est un sujet sur lequel nous aimerions vous entendre.
 
Muriel Marland-Militello
J’ai lu les propositions de la Fraap (Fédération des réseaux et associations d’artistes plasticiens). Je me suis toujours insurgée contre l’injustice qui veut que les arts plastiques soient un des seuls domaines de la création où il ne faille quasiment jamais payer de droit d’entrée pour aller voir une exposition. Les organisateurs disent qu’ils font des catalogues, qu’ils font de la publicité pour les artistes, etc. Est-ce suffisant ? Je suis tout à fait d’accord avec la proposition de la Fraap, qui propose que dans les budgets il y ait une ligne relative au droit de regard. Car il faut bien que l’artiste soit rémunéré. Pourquoi ne le sont-ils pas, comme dans les arts vivants par exemple ? D’après moi, parce qu’ils ne se sont jamais défendus en masse. On doit mener ce combat, avec l’idée d’ajouter cette ligne budgétaire, une ligne à part des budgets tels qu’ils existent déjà , je veux dire sans grever ces budgets. Le droit de l’artiste est fondamental.
 
Le budget de la culture a augmenté de 5,9%, mais le seul budget qui ait diminué dans ce budget ministériel, c’est celui des arts plastiques – sachant que le budget relatif aux arts plastiques ne représente déjà que 5% du budget global ! L’art contemporain est oublié, et il faut donner mauvaise conscience aux hommes politiques sur ce point. Lorsqu’on a fait la loi sur le mécénat, j’avais plaidé en faveur d’une baisse des avantages fiscaux lorsqu’il s’agit d’œuvres patrimoniales, et qu’on l’augmente quand un mécène achète l’œuvre d’un artiste vivant. Il s’agissait d’établir une sorte de “prime de risque”.
 
Que l’art aille dans la rue, c’était la vocation des Frac (Fonds régionaux d’art contemporain), les concernant, je revendique, pour eux, le statut d’association de loi 1901. Je suis contre le statut d’Epcc (Etablissements publics de coopération culturelle) car il ne peut qu’alourdir le fonctionnement de ces structures. Il me semble que la vocation initiale des Frac, celle d’installer l’art dans la rue, est en train d’être perdue de vue, au profit d’une conception beaucoup plus muséale. Or, plus la structure est souple, plus elle est porteuse de projets.
 
Pour terminer, je voudrais dire que la droite s’est toujours moins investie dans la culture que la gauche, parce que la droite était moins dans la contestation. Moins dans la contestation, en tout cas tant que la gauche n’avait pas été au pouvoir ! Il faut quand même dire que j’ai passé ma vie avec des opposants de la droite quand la droite était au pouvoir, et dans le laps de temps où il y a eu alternance, j’ai trouvé de plus en plus d’artistes qui étaient dans la contestation de la gauche ! Je peux promettre que je n’abandonnerais jamais le combat pour l’apprentissage de l’art à école. Je suis complètement désespérée d’apprendre que Monsieur Raffarin vous a coupé votre budget, Monsieur Deschamps. C’est désastreux. Je pense que le mieux que l’on puisse faire pour le mouvement politique auquel on appartient est de le critiquer. Donc je ne vous dirais pas que ce gouvernement est génial, mais que mon mouvement, sur la question de la culture, a des progrès à faire !
 
Dominique Marchès
Deuxième question adressée à Yvon Deschamps : la Biennale de Lyon vous sert-elle comme outil de communication, c’est à dire améliorer l’image de Lyon, ou souhaitez-vous en faire un véritable outil pour les arts plastiques ?
 
Yvon Deschamps
Lorsque notre équipe est arrivée à la municipalité en avril 2001, nos prédécesseurs avaient déjà budgété la Biennale. En l’occurrence, ils n’avaient répondu qu’à la moitié des demandes de financement. Nous nous sommes mis en tête de parvenir à compléter ces subventions en quelques mois à peine, puisque la Biennale a lieu en septembre. Autrement dit, nous avons dû trouver, en très peu de temps, six à sept millions de francs. C’est donc que nous y tenons. Les deux biennales, celle de la danse et celle des arts plastiques, sont évidemment une manière de construire l’identité de Lyon comme ville européenne. Il serait malhonnête de dire le contraire. Si nous n’avons pas cette ambition, nous retournerons à l’idée d’une ville simplement provinciale, délicieuse, mais marginale. Nous voulons que ce genre d’opération soit l’occasion d’un immense remue-ménage, d’un immense brainstorming, et prenne sa part dans l’aménagement de la ville. En 2003, nous avons inscrit la Biennale dans un bâtiment qui s’appelle La sucrière, au milieu d’un no man’s land, en lieu et place de la halle Tony Garnier, où elle se déroulait jusqu’alors. Nous voulions ainsi montrer, à travers ce choix, que la Biennale joue un rôle décisif dans l’ambition d’urbanisation que nous avons pour la ville. Il y a donc la dimension internationale, la dimension structurelle en matière d’aménagement du territoire et puis aussi l’occasion d’un immense temps de dialogue avec le monde de la création, qu’elle soit locale ou internationale. Et sur ce terrain, il y a encore à réfléchir ; nous avons pu inclure à ce projet l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, d’autres structures encore. La biennale doit être un temps d’échange à l’échelle de la région, et pas seulement une accumulation de clins d’œils vers des créateurs prestigieux. Le gotha de la création dans un catalogue, c’est formidable, mais il y a aussi tous ces artistes qui vivent et travaillent au quotidien dans notre région. C’est un peu facile de faire un épisode “off” où ils ont leur place. Il faudrait pouvoir les inclure davantage, ce qui suppose de trouver la forme adéquate.
 
Au Conseil régional, avec Jean-Jacques Queyranne, Bernadette Laclais et toute son équipe, nous mettons en avant les logiques de réseaux. Les artistes doivent bénéficier de commandes d’œuvres, sinon nous ne mettrons en réseau que le désert. Il nous faut donc développer une politique d’aide à la commande publique, nous souhaitons que les communes de la région qui le désirent puissent solliciter l’Etat ou la région pour acquérir des œuvres ou passer des commandes. Il faut aussi que le 1% culturel sorte de la seule construction des lycées. Les régions ont désormais la compétence dans l’aménagement ferroviaire, c’est-à-dire dans la construction des gares. Pourquoi ne pas imaginer de se servir de ces lieux pour faire de la commande publique ? En créant des mécanismes d’aides, il s’agit d’inciter le secteur aussi bien public que privé à investir dans la commande d’œuvres. Déjà , à Lyon, il n’existe pas un seul parking qui n’ait été traité formellement par l’art contemporain. On aime ou pas, c’est une autre question. Mais il faut que nous puissions, dans nos cités tellement délaissées, donner l’occasion d’offrir d’autres référents que : « j’habite là où il y a des bagnoles brûlées… » ! Il nous faut également réfléchir à l’aménagement du paysage urbain. Lors des Jeux Olympiques d’Albertville, nous avions lancé une politique de commande publique afin de truffer les itinéraires urbains ou autoroutiers d’œuvres d’art monumental. Faut-il attendre les JO pour le faire ? Pourquoi ne pas le faire en permanence ? Nous devons aussi soutenir les petites galeries, favoriser la création d’ateliers pour les artistes, y compris dans les quartiers difficiles. Si tout cela accompagne la Biennale, alors je la soutiens complètement. Si la Biennale ne compte pour rien dans ses préoccupations, je m’interroge beaucoup sur son utilité.
 
Dominique Marchès
Autres questions à Serge Flandin. D’abord, qu’en est-il de l’égalité d’accès à l’art contemporain ? Ensuite, en tant qu’architecte, comment jugez-vous la situation de l’architecture contemporaine dans la politique culturelle ?
 
Serge Flandin
Il n’y pas d’égalité d’accès à la culture et encore moins à l’art contemporain, dans la mesure où il s’agit d’une forme d’expression plus difficile, puisqu’elle suppose une démarche volontariste. Les grands médias ne s’y intéressent pas, et elle est grandement absente des villes. Comment voulez-vous que les gens s’intéressent à l’art contemporain si il est absent de ces deux environnements immédiats ? Il est donc clair que l’art contemporain est réservé à une élite.
 
La volonté d’excellence des institutions fait que l’accès à l’art contemporain coûte cher. Je ne crois pas que ce soit une fatalité. On le constate dans des communes très modestes qui portent des initiatives, souvent associatives, et vivent avec très peu de moyens tout en montrant des choses particulièrement intéressantes. Mais dès que l’on touche au système institutionnel, cela coûte excessivement cher, et dans l’état actuel des choses, le maillage du territoire est quasiment impossible. Je sais que beaucoup de Frac ont entrepris un travail de rayonnement plus ambitieux, mais il me semble qu’il faut aller beaucoup plus loin en la matière. Pour déplacer une œuvre d’un Frac vers une petite ville, il faut un véritable budget. Sans une volonté politique forte, l’accès égal à l’art contemporain est impossible.
 
Concernant l’architecture contemporaine, je crois là aussi que la France est un peu victime du star system. On s’abrite derrière des architectes internationaux qui servent d’alibi et les grandes villes s’enorgueillissent de grandes signatures. Quand les collectivités lancent un appel à candidature pour un concours, elles exigent très souvent, dans le règlement, que les candidats possèdent des références sur le sujet imposé. Un architecte débutant n’a alors qu’une solution pour accéder à la commande publique, celle de trouver un architecte confirmé qui voudra bien collaborer avec lui. Il s’agit aujourd’hui de trouver une solution politique qui puisse intégrer les jeunes architectes.
 
Soulignons également la difficulté des collaborations entre architectes et artistes. Les architectes ont tendance à refuser l’accompagnement des artistes. On pourrait, au contraire, imaginer que ce soit l’artiste qui devienne le mandataire ou le maître d’œuvre du projet et qu’il soit entouré d’une équipe d’ingénieurs et d’architectes.
 
Dominique Marchès
Troisième question : pourriez-vous nous raconter votre plus belle expérience avec une œuvre ou un artiste ?
 
Muriel Marland-Militello
Ma plus belle expérience est due à François de Bannes Gardonne, qui a été, pendant très longtemps, Directeur régional des affaires culturelles de la région Paca (Provence-Alpes-Côte-d’Azur). A l’époque, mon mari était préfet des Alpes-Maritimes. Mon plus grand bonheur a été d’obtenir, grâce à François De Bannes Gardonne et au Ministère de la culture de Madame Trautmann, une commande publique pour le bâtiment de la préfecture. C’est un très beau bâtiment, classé, datant du XVIIIème siècle. Nous avons économisé pendant trois années afin de pouvoir réaliser cette commande en partenariat avec l’Etat. Jean-Charles Blais a créé une œuvre environnante dans l’anti-chambre de la préfecture. Il a voulu l’inscrire dans l’esprit républicain, en bleu-blanc-rouge, avec écrit liberté, égalité, fraternité, dans des miroirs, mais écrit à l’envers ; ce qui veut dire qu’il faut regarder dans le miroir d’en face pour lire l’inscription. Pourquoi ? Parce que ces valeurs se méritent, et qu’il faut donc aller les chercher… J’ai trouvé cela sublime !
 
J’ai eu également un autre bonheur, celui de sauver un artiste. Pascal Neveux, le directeur du Frac Alsace, m’a dit un jour qu’un photographe, Yannick Demerle, crevait de faim. Il m’a alors demandé si je voulais bien, pour l’Etat, acheter une œuvre de cet artiste, pour l’aider à vivre et surtout pour montrer son travail, puisque dans une préfecture, il y a du monde qui passe. Nous avons donc acheté une œuvre, avec les deniers publics, et ce garçon a maintenant un succès fou, ce qui est une joie immense pour nous.
 
Yvon Deschamps
Mon histoire remonte loin. J’étais à l’époque directeur des affaires culturelles de la ville de Villeurbanne, dont le maire était Charles Hernu. Entre l’armée, les musiques militaires et les arts plastiques, on imagine un grand écart… Mais avec Charles Hernu et son premier adjoint d’alors, Jean-Jacques Queyranne, nous avions décidé de montrer que la culture avait désormais droit de cité, maintenant que nous étions là . A l’époque, nous faisions à Lyon des sittings pour empêcher que l’on déplace des statues d’art contemporain. Nous avions décidé de borner les entrées de Villeurbanne ; de réaliser sur chacun des axes de la ville des œuvres monumentales. C’était une manière de dire : dans cette ville, les artistes ont droit de cité. Nous avions décidé de confier la réalisation de cette œuvre à un artiste, Guy de Rougemont. Réaction immédiate des habitants, pétitions, refus, c’était épouvantable ! Ce n’était pas un quartier qui nous était très favorable, électoralement parlant, et nous nous sommes dit : « un électeur de plus ou de moins, à quoi bon ? » Nous avons tenu bon, et notre grande satisfaction fut de voir qu’à un concours de gastronomie, le pâtissier du quartier avait réalisé un objet baptisé “le totem” qui reprenait la forme de l’œuvre de Guy de Rougemont. Puis le conseil de quartier a repris ce “totem” en tant que logo. Là , nous nous sommes dit que nous avions gagné, parce que les habitants avaient parfaitement compris la fonction possible de ce type d’œuvre pour eux.
 
Serge Flandin
Pour ma part, je pense que le meilleur est toujours à venir… Mais je citerai quand même Bruno Théry, qui est l’artiste que nous avons choisi pour le Festival de Montélimar, et auquel nous allons consacrer une rétrospective prochainement.
 
Jean-Pierre Saez
Je ne saurais répondre à cette question, mais je pourrais parler de ce qui est au fondement de mon goût pour l’art moderne et contemporain. Dans les années 70, il n’y avait ni centre d’art, ni musée d’art contemporain. Mais j’ai eu l’occasion de voir une œuvre de Magritte, qui m’a d’autant plus éblouie que j’ai pu la voir avec une amie plasticienne, qui versait aussi dans le surréalisme, et dont j’étais quelque peu épris… Depuis, je n’ai pas cessé de m’intéresser à l’art moderne, à tous les courants possibles. Ensuite, je me suis tourné vers l’art contemporain. C’était dans les années 80, et à l’époque je montai des voyages d’étude. J’ai alors suivi Jacques Guyot, futur initiateur du Magasin, de Kunsthalle en musées d’art contemporain, en Suisse, en Allemagne, en Hollande…
 
Pour revenir maintenant aux paroles des élus, je voudrais souligner combien les professionnels sont gourmands d’entendre leur engagement et leur opinion sur la culture. Bien sûr, il faut qu’ils aient une opinion sur la culture, et ce n’est pas évident. Je relève également que tous les domaines de l’action publique mettent désormais la problématique de l’action territoriale en exergue, notamment les politiques culturelles, pour des raisons générales (évolution des politiques territoriales) et puis pour des raisons propres aux politiques culturelles elles-mêmes. C’est peut-être l’effet d’une évaluation de leur échec relatif.
 
Je remarque que plusieurs rencontres portent actuellement sur ce sujet. Je reviens de Rennes où se tenait un colloque sur les résidences d’artiste en Europe, la thématique portait sur l’art, la population, le territoire. Demain, il y a un colloque à Bordeaux sur les métiers de la médiation culturelle, où il sera question du rapport entre patrimoine, art contemporain et circulation des publics. On pourrait encore ajouter le colloque des Nouveaux commanditaires. Et si on sort du champ de l’art contemporain, alors on observe une multiplication de manifestations qui portent sur le rapport entre art et territoire. Pourquoi une telle multiplication ? Parce que les politiques culturelles sont en train de changer profondément et peut-être que la question du territoire est le point à partir duquel ces politiques se restructurent.
 
Les problèmes soulevés aujourd’hui portent sur l’élaboration d’un projet culturel dit de territoire, mais aussi sur les transformations des savoir-faire, des métiers, des valeurs. Transformation des métiers, c’est un trait que l’on relève ailleurs que dans le champ de l’art contemporain – celui des bibliothèques par exemple. Il y a ici un certain enthousiasme dans l’idée de s’approprier le territoire, mais aussi une réticence parfois, lorsque l’on est encore attaché à une définition traditionnelle de sa pratique. Cet avènement de la notion de territoire dans les politiques culturelles n’est pas nouveau ; cela remonte au moins à l’émergence de l’aménagement du territoire, du projet de la Datar (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale) dans les années 60. Mais ce que révèlent les débats en cours ce sont plusieurs changements simultanés.
 
On assiste à une recomposition des valeurs, si l’on songe que l’on est passé du maître mot démocratisation à celui de territoire, c’est-à-dire que nous sommes désormais conviés à construire des politiques qui sont plus bottom-up que top-down, pour donner une image. Cela signifie que l’on prend plus en compte la spécificité d’une population, de son environnement, et donc que l’on ne pense plus que l’offre va conduire spontanément à une demande, selon un schéma plus mécaniste. D’autre part, il s’agit d’une recomposition des territoires et des institutions qui les incarnent. De ce point de vue, il n’a pas pu vous échapper que le développement de l’intercommunalité depuis quelques années était fulgurant. Développement aussi des pays comme territoire de projets, et rôle croissant des régions qui revendiquent plus de place. Le dernier élément dont on peut parler est la consécration de la notion de projet culturel de territoire. Là dessus, je dirais que les opérateurs que vous êtes ont tout intérêt à l’articuler avec la notion de contrat et avec celle de co-responsabilité avec les collectivités publiques. Si on vous demande plus que la simple élaboration d’un projet artistique, il est normal qu’en face soit considérée la question des moyens, et que l’ensemble fasse l’objet d’une évaluation.
 
Je remarque que, malheureusement, l’art contemporain est encore peu pris en compte dans les politiques culturelles. On insiste surtout sur la lecture publique et l’apprentissage musical. C’est peut-être un signe que les intercommunalités prennent en compte le culturel pour des raisons plutôt budgétaires que proprement culturelles.
 
Tous ces changements finissent par provoquer une sorte de révolution copernicienne. Qu’est-ce qu’élaborer une politique territoriale ? La demande politique souvent adressée aux acteurs culturels n’est pas de faire du territoire l’horizon de tout projet, c’est plutôt d’en faire un point d’appui. C’est-à-dire que le territoire et son environnement artistique, culturel, social, économique, urbain, soient incorporés dans le projet culturel. Les maîtres mots ont été prononcés : l’interaction, le réseau, le maillage, la coopération, le partenariat, l’inter-territorialité, et puis l’idée de croiser les générations, les lieux, les publics, de sauter aussi parfois par-dessus les frontières. Cette complexification de l’action culturelle fait écho, il me semble, à d’autres logiques interactives qui traversent le champ de l’art. Je ne sais pas si cette relation est causale, structurelle, ou sans rapport, mais il y a bien comme un parallèle. Dans le champ de la production artistique, les artistes “s’interdisciplinarisent”, et ne se contentent plus de rester dans le champ des arts visuels, chorégraphiques ou musicales. Je crois que ce qu’attendent les décideurs publics, c’est que s’instaure une dynamique relationnelle entre les structures, leur crainte est que les structures restent cloisonnées dans un projet spécifique qui ne dialogue pas avec d’autres.
 
On peut aussi observer que les élus s’intéressent de plus en plus aux friches artistiques et à la manière qu’ont les artistes de revitaliser un lieu abandonné. Mais il faut aussi préciser que beaucoup d’autres élus restent très méfiants vis-à -vis de ces pratiques peu habituelles. Evidemment, les élus doutent et c’est humain. Ils ont besoin d’être accompagnés, qu’on leur prenne la main, en particulier en ce qui concerne la problématique de la création parce que c’est une logique particulière, qu’ils ne connaissent pas.
 
Mais je remarque aussi que les élus ont quelque chose en commun avec les artistes : ce sont des “palpeurs” de la société. Sur ce point, je rejoins Madame Marland-Militello : l’art contemporain sera plus fort une fois qu’il aura la capacité de se présenter comme un interlocuteur cohérent, structuré, organisé. Vous avez en effet tout intérêt à organiser une présence politique, c’est-à-dire à montrer en quoi, ensemble, vous pouvez apporter quelque chose à la société. Le milieu de l’art contemporain est, il est vrai, moins structuré que d’autres, si l’on songe aux bibliothèques par exemple, ou encore au monde du théâtre.
 
Les élus attendent aussi que les politiques culturelles apportent une plus-value, qu’elles puissent produire de la rencontre. Il y a aussi l’idée, qui est peut-être un fantasme, que la circulation des partenariats entraîne une circulation des publics, d’un champ à l’autre. Mais les élus les plus avertis savent aussi que les territoires s’enferment sur eux-mêmes ; il ne faut pas que les territoires se renferment sur une identité sclérosante.
 
Pour conclure, je crois qu’il faut avoir conscience du poids qui pèse sur les élus quant à la justification des dépenses publiques. Vous êtes dans un rapport de tension avec les élus, mais eux-mêmes le sont avec leurs collègues. Il faut pouvoir lire derrière leurs attentes l’impératif qu’ils ont de sans cesse légitimer la dépense publique. Il faut donc les aider à construire un argumentaire.
 

Débat public

Alain Lovato, Président de la Maison des arts plastiques Rhône-Alpes (Mapra)
Je voudrais dire le plaisir que j’ai eu à entendre les élus présents ici. Pour revenir sur le droit de monstration que Madame Marland-Militello a évoqué, il faut signaler que c’est une affaire qui remonte à quarante ans, et qui est toujours en discussion, tout simplement parce que ce droit comporte des effets pervers. Certaines structures ayant peu de moyens, elles risquent d’hésiter à se lancer dans des opérations coûteuses. Je suis évidemment favorable au droit de monstration, mais moyennant une discussion préalable.
 
Serge Flandin
Effectivement, comme vous le dites le sujet est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Les effets pervers risquent d’être largement supérieurs aux effets bénéfiques. Si on peut encourager des structures à accueillir des artistes pour les exposer, et au final, à acquérir leurs œuvres, ce serait déjà un premier pas. Il faudrait prendre garde à ne pas brûler les étapes.
 
Catherine Violet, conseillère aux arts plastiques de la municipalité de Vitry-sur-Seine et artiste
La Ville de Vitry-sur-Seine pratique le 1% culturel depuis plus de trente ans. Nous comptons plus de 106 œuvres, qui ne se concentrent pas dans les établissements scolaires, mais aussi dans les centres de santé, les théâtres, les Ophlm (Offices publics des habitations à loyer modéré), etc. Depuis quelques années, une sensibilisation a été faite a Vitry auprès des promoteurs afin qu’ils prennent conscience de cette politique de la ville. Ils n’ont pas l’obligation d’appliquer le 1%, mais ils peuvent y participer ponctuellement.
 
Pierre Belloque, artiste, représentant du syndicat des artistes FO
Je tiens à souligner qu’il existe des actions, mais que le syndicalisme n’est pas toujours reconnu. Nous avons connu des périodes extrêmement sombres, où les délégués aux arts plastiques refusaient de nous voir. Un ministre nous a même répondu qu’il avait du acheter une armoire pour pouvoir ranger nos courriers. Il est rarissime que des élus s’intéressent à l’art contemporain. Dans beaucoup de villes, nous avons l’impression que l’on peut mener une politique culturelle sans artiste. La première revendication des artistes, c’est d’abord d’avoir de quoi vivre, c’est-à-dire d’avoir des commandes, des achats, et par conséquent des moyens pour créer. Le droit de présentation est une des solutions que nous revendiquons, au niveau européen puisque nous travaillons en collaboration avec les syndicats de toute l’Europe. La commande publique aussi est un moyen, mais sans que cela passe nécessairement par une œuvre, ce peut être simplement une participation. Il suffit de penser à ce qui s’organise chaque année pour les fêtes de Noël, par exemple, avec les illuminations, où l’on voit des choses parfaitement affreuses. Je ne suis pas sûr que cela coûterait plus cher de faire appel à des artistes. A l’heure actuelle, la situation est catastrophique. Il faut savoir que certains propriétaires fonciers refusent de louer, même en HLM, à des artistes, parce qu’ils n’ont pas de revenus fixes. Si on ajoute à cela la flambée des loyers, c’est intenable. On ne peut pas monter un programme de politique culturelle si on ne s’intéresse pas aux conditions de vie des artistes.
 
Yvon Deschamps
Je souhaiterais ajouter deux mots à propos du droit de monstration. Autant je trouve le principe formidable, autant je ne voudrais pas que l’on joue à l’arroseur arrosé. Prenons l’exemple du statut des intermittents : à vouloir enrichir la problématique professionnelle de l’intermittence, on a abouti, à budget égal, à la réduction du nombre de productions. Il faut donc bien réfléchir avant l’application de toute mesure, car rien n’est évident. En arrivant à Lyon, j’avais en charge de rédiger une synthèse concernant le plan de mandat de la collectivité locale, et j’ai fait inscrire le 1% sur tout. Autrement dit, lorsqu’on coule un mètre cube de béton, il y a un 1% mis de côté. On pensait que ce serait simple, et financièrement neutre, en fait on n’y parvient pas. Cela pour dire qu’entre la volonté de faire et la réussite de l’action, il y a du chemin. Les budgets ont beaucoup trop de contraintes pour répondre facilement à ce type d’exigence.
 
[1] Avis présenté à l’Assemblée nationale au nom de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales sur le projet de loi de finance pour 2004

L’art contemporain : développer des logiques de partenariats

L’art contemporain : développer des logiques de partenariats

Le projet artistique implique très souvent la mise en place de partenariats entre institutions d’art contemporain et avec d’autres structures publiques ou privées. Depuis l’organisation d’évènements jusqu’à des collaborations plus pérennes, ces partenariats témoignent à la fois de la complémentarité des missions des structures d’art contemporain et de leur ouverture à la société civile et au monde économique.

Modérateur

Jean-Pierre Simon
Directeur de l’école supérieure d’art de Grenoble et président de l’Association Nationale des Directeurs d’Ecoles d’Art – ANDEA. Il a été directeur du centre d’art contemporain de Montbéliard, puis conseiller pour les arts plastiques à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne de 1989 à 1993.
 

Intervenants

Jacques Rigaud

Président du Fonds Régional d’Art Contemporain d’Aquitaine. Il a été successivement directeur du cabinet de Jacques Duhamel (ministre de l’Agriculture, puis des Affaires culturelles), sous-directeur général de l’UNESCO, conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères Jean François-Poncet. Parallèlement, il a assumé un certain nombre d’engagements dans le domaine culturel, notamment en ce qui concerne les centres culturels de rencontre et, à travers l’Association pour le Développement du Mécénat Industriel et Commercial (ADMICAL) qu’il préside depuis sa création en 1979. Il a eu de 1981 à 1986, la responsabilité de la construction du musée d’Orsay et est l’auteur de plusieurs rapports au gouvernement sur la politique culturelle.

 

Catherine Texier

Responsable de l’Artothèque du Limousin, et Présidente de l’Association de Développement et de Recherche sur les Artothèques – ADRA. Chargée des expositions au Fonds d’Art Contemporain des Communes du Limousin, en 1987, elle est nommée, en 1988, responsable de l’Artothèque du Limousin récemment créée.

 

Thierry Raspail

Directeur du Musée d’Art Contemporain de Lyon depuis 1984. Directeur Artistique de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon depuis 1991.

 

Danièle Yvergniaux

Directrice du Parc Saint-Léger, Centre d’art contemporain Pougues-les-Eaux. De 1986 à 1998, elle a été responsable de la Mission Arts Plastiques auprès du Département des Côtes d’Armor (ODDC). Depuis 1998, elle est Directrice du Parc Saint-Léger – Centre d’art contemporain Pougues-les-Eaux (Nièvre).

 

Jean-Pierre Simon

Comment, aujourd’hui, un chef d’entreprise peut-il envisager un réel partenariat avec un artiste ou une structure d’art contemporain ? Ce partenariat peut-il participer au développement économique et commercial et révéler les qualités sociales de l’entreprise, quelle est sa fonction en termes d’image, voire quel rôle thérapeutique l’art peut-il jouer à l’intérieur de l’entreprise ?

 

Jacques Rigaud

Avant de répondre à votre question, il est nécessaire que je rappelle le sens de cette “croisade” que j’ai menée avec quelques autres à partir de 1979 pour développer le mécénat d’entreprise en France – où il était alors notoirement inexistant.

 

Auparavant, il existait une sorte de « concubinage » entre le monde des affaires et l’Etat, conforme au système de l’économie dirigée, où les entreprises dépendaient de l’Etat pour les prix, le crédit, les investissements, etc… L’idée du mécénat était complètement hors sujet. Des jeunes gens délicieusement inconscients sont, à ce moment, venus me trouver afin de me convaincre d’entreprendre une action de développement en faveur du mécénat d’entreprise. Un peu comme la phrase de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », nous nous sommes appliqués à développer le mécénat d’entreprise, avec pour point de départ la méfiance totale du monde culturel vis-à-vis de l’argent, et plus encore de l’argent des entreprises. Les entreprises ne voyaient guère en quoi la culture pouvait les concerner On nous disait : « la culture est l’affaire de l’Etat, un point c’est tout ». L’administration culturelle, quant à elle, regardait avec beaucoup de méfiance des gamins qui manifestaient l’intention de jouer sur leur tas de sable. Quant aux médias, leur raisonnement était le suivant : « si les entreprises veulent faire parler d’elles, qu’elles achètent donc des espaces publicitaires ».

 

Aux entreprises, nous avons d’abord tenu un langage de communication : nous entrions alors dans le monde de la communication généralisée et les entreprises étaient tenues de se faire connaître. Nous leurs avons expliqué qu’il existait toutes sortes de possibilités (publicité, promotion, sponsoring), mais que le mécénat leur permettrait d’apparaître là où on ne les attendait pas, de s’associer à des événements prestigieux, gratifiants ou sympathiques et donc d’améliorer leur image. Paradoxalement, l’alternance politique de 1981 a fait avancer les choses, dans la mesure où les entreprises se sont senties obligées de démontrer qu’elles n’étaient pas seulement, selon les vieux schémas marxistes, le lieu de l’accumulation du capital et de l’exploitation ouvrière.

 

Personnellement, je n’ai tenu ni le langage du reproche (« vous gagnez de l’argent, c’est quelque part très vilain et vous devez racheter ce péché par des indulgences culturelles »), ni celui de la citoyenneté (car les entreprises ne sont pas des citoyens). Mais par-delà ces conjonctures, j’avais une intuition : devant l’ignorance mutuelle du monde de l’économie et du monde de l’art, il m’apparaissait évident qu’on pouvait développer une idée du mécénat qui ne relèverait pas simplement du flux monétaire, mais du partenariat. À cet endroit de la rencontre entre deux mondes hétérogènes, j’avais l’intuition qu’il pouvait se passer quelque chose de tout à fait surprenant, que le milieu culturel pouvait apporter un peu de sa folie, de sa sensibilité, de son utopie ; et en retour, que l’entreprise pouvait apporter sa rationalité. Plus tard, plusieurs actes concrets de mécénat m’ont démontré la justesse de cette intuition. Ces exemples m’ont montré qu’effectivement, l’entreprise pouvait apporter à ses partenaires culturels ce qu’on appelle maintenant la “gouvernance”. Je suis frappé de voir combien le management culturel est désormais assumé, pratiqué, et même enseigné ! Car il y a bien une spécificité de la gestion culturelle, qui ne relève pas du profit, bien sûr, mais qui n’en implique pas moins la rigueur. Quelle que soit l’origine des fonds attribués à la création, il y a nécessairement le devoir de dépenser cet argent le mieux possible, c’est-à-dire avec transparence et rigueur. L’entreprise, soumise à la pression du marché, est l’acteur qui a le plus conscience de cette exigence de la bonne gestion.

 

Nous avons aussi constaté que les entreprises se trouvaient stimulées par la sensibilité et l’imagination des artistes. Je me souviens de témoignages d’employés, d’ouvriers en l’occurrence qui découvraient en l’artiste un travailleur manuel, comme eux, et qui transfigurait littéralement les matériaux sur lesquels ces ouvriers travaillaient, ennoblissant ainsi leur quotidien. C’est pour moi l’exemple d’une rencontre réelle, car on assiste à une découverte réciproque de deux mondes. Je me souviens aussi de la phrase d’un ingénieur, qui avait dit à propos d’un artiste : « Je lui ai apporté une technicité, il m’a fourni un détournement ». Cette formule est extraordinaire, car elle dit bien le questionnement que peut apporter un artiste, sur le sens de toute activité. Parce que l’entreprise est tout de même un lieu de conformisme, de certitude, avec une conscience collective quelquefois oppressante. « Etonne-moi », disait le grand mécène Diaguilew au danseur Nijinsky

 

J’ajouterais que le mécénat d’entreprise peut précisément contribuer à renforcer le sentiment d’appartenance à l’intérieur de l’entreprise. Ce n’est pas à l’intérieur de l’entreprise que les pratiques ou les passions extra-professionnelles du côté de la peinture, de la photographie, de la musique, du théâtre sont les plus avouables ; elles le sont moins en tout cas que le golf, la pétanque ou la pêche au gros. En revanche, dès qu’une entreprise se lance dans le mécénat, on voit des doigts se lever pour participer à un chœur, à un choix d’œuvres, à une visite d’exposition. Dans la plupart des cas, les responsables du mécénat, on les trouve à l’intérieur de l’entreprise – nul besoin d’aller les chercher ailleurs. Et là , on pourrait également citer beaucoup d’exemples relatifs à la musique amateur en entreprise, et rendre compte de la capacité qu’a le mécénat de susciter des vocations. Je ne parlerai pas de thérapeutique, car l’entreprise n’est pas un organisme malade, mais je parlerais de sentiment d’appartenance, lié à une mémoire, à un projet, à une conscience collective.

 

Dans les années 70, très peu de temps après 68, les artistes les plus contestataires se trouvaient dans le domaine du théâtre et du cinéma. C’est là qu’était la contestation. Pour le gouvernement de droite, il s’agissait alors de renouer le contact avec le milieu culturel après la fin un peu sombre du règne de Malraux. Les arts plastiques représentaient un domaine beaucoup plus paisible. A l’heure actuelle, le monde du théâtre est certes fertile, mais on ne peut pas dire qu’il soit spécifiquement contestataire. En ce qui concerne le cinéma, il y a bien des films qui posent des questions, mais ce n’est pas extraordinairement contestataire. A l’inverse, j’ai le sentiment que les arts plastiques sont aujourd’hui le domaine le plus virulent. Si l’on songe à l’ignorance totale dans laquelle était plongé le grand public par rapport à l’art contemporain il y a trente ans, et au contraire, la qualité des événements qui lui sont proposés aujourd’hui, on perçoit bien qu’il y a une extraordinaire ouverture. Je pointe ici la tyrannie du télévisuel, de ses canons, de son vocabulaire, de ses standards, sur l’esprit de nos contemporains ; devant cette tyrannie, l’art contemporain surprend et offre une liberté qui pourrait expliquer cet intérêt du grand public envers l’art contemporain aujourd’hui. Qu’il joue la dérision, l’humour, la provocation, qu’il s’ouvre au fantastique ou qu’il exalte le quotidien, il interpelle, et bien au-delà des amateurs distingués et des publics avertis. Les plus jeunes d’entre vous n’ont peut-être pas conscience de cette mutation du grand public et du regard plus ouvert qu’il a désormais sur l’art de son temps.

 

Jean-Pierre Simon

L’artothèque du Limousin a développé un très fort réseau de partenariat, comment avez-vous été amenée à travailler avec cette institution tout à fait particulière qu’est l’hôpital ? Quel est le rôle d’un engagement artistique à l’intérieur du milieu hospitalier ? Comment l’artiste intègre-t-il la mission de l’hôpital ?

 

Catherine Texier

Quelle est la dynamique qui nous a conduit à nous engager dans le programme national “Culture à l’hôpital” ? C’est le résultat de la mission d’artothèque régionale (la plupart des artothèques étant municipales), et de son histoire. L’artothèque du Limousin a été créée en 1986. Elle est adossée, du point de vue juridique, à une Agence culturelle et technique (association Loi 1901), laquelle Agence regroupait également jusqu’en 1998 le Fonds régional d’art contemporain, et accueille aujourd’hui l’Orchestre symphonique régional et un parc de matériel. Cet opérateur culturel s’est créé sur la base d’un travail de terrain effectué préalablement par des élus, au début des années 80, regroupés dans une association (le Fonds d’art contemporain des communes du Limousin). À partir de ce travail de terrain et de ce réseau de communes, l’artothèque a pu s’installer au sein d’un ensemble de partenaires. Sa mission a consisté à compléter celles des structures déjà existantes, en s’appuyant sur la proposition originale des artothèques qui déplacent la relation initiale à l’œuvre d’art. La première spécificité de cette artothèque est de fonctionner hors-les-murs : un réseau de partenaires relaye constamment la diffusion de la collection sur le territoire régional. Ce réseau de partenaires est très diversifié : un centre culturel, un centre d’art, une bibliothèque et une fédération d’éducation populaire (Peuple et Culture). À travers le réseau de communes, nous sommes aussi en relation avec des entreprises, des personnes privées, des associations, des enseignants et des établissements hospitaliers, qui sont autant de relais pour la diffusion. Ce maillage nous incite constamment à ré interroger notre démarche, avec pour principe permanent de placer la démarche artistique au cœur du projet.

 

En 2002, nous avons été sollicités par un de nos abonnés, le CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Limoges, avec lequel nous travaillions déjà , mais aussi par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) du Limousin. Le CHU nous a demandé de réexaminer une première convention établie dans le cadre du programme national “Culture à l’hôpital”. Il s’agissait au départ de coordonner la présence des artistes au sein de l’établissement. Après analyse, nous avons déplacé l’idée initiale et proposé un projet plus ambitieux, en collaboration avec l’artiste Marc Pataut. Je voudrais préciser que ce projet ne s’inscrit pas dans une démarche d’art thérapie. Vous savez que l’on a parlé de “publics spécifiques” pour désigner ces publics éloignés de l’art contemporain vivant dans des territoires trop en difficulté, pour que la culture puisse y pénétrer de façon naturelle et régulière. La demande de l’hôpital est celle d’une fluidité d’intégration de la culture en son sein, notre ambition est de fonder une démarche artistique au sein de l’établissement hospitalier.

Quant au mécénat de ce projet, il a été surprenant. Nous devions au départ intégrer le programme de mécénat structuré par les partenaires de la convention nationale “Culture à l’hôpital”, finalement c’est auprès d’un mécène régional que nous avons trouvé une écoute attentive et une collaboration extrêmement positive.

Si la question de la relation entre les équipements culturels et les entreprises mécènes est au cœur des préoccupations, il apparaît difficile d’accélérer ou de forcer sa structuration.

 

Jean-Pierre Simon

La Biennale d’Art Contemporain de Lyon est un projet qui rayonne sur toute la région Rhône-Alpes et bien au-delà ; depuis de nombreuses années, vous avez développé des partenariats au niveau local dans différentes directions. La multiplication des partenariats amène-t-elle plus de contraintes, plus de moyens, plus de publics ? La multiplication des contrats d’objectif ne risque-t-elle pas d’entraîner une orientation spécifique de l’action artistique ? En quoi cette orientation redéfinit-elle le projet artistique ?

 

Thierry Raspail

Je n’aborderai pas la relation de l’institution avec la tutelle qui vise une communauté d’intérêt et se manifeste sous la forme d’échanges professionnels et politiques. Je m’en tiendrai au partenariat professionnel d’une part et financier de l’autre pour lesquels je donnerai quelques exemples : Le Musée d’Art Contemporain que je dirige est en régie directe. Nous avons obtenu récemment un mécénat formidable pour une exposition intitulée “Le moine et le démon” portant sur la création chinoise actuelle. Il s’agissait du mécénat d’une fondation suisse d’un montant de 500.000 euros (la fondation Guy et Myriam Ullens). La régie directe et le cadre juridique, sur ce point, posent problème. Nous avons été obligés d’établir deux comptabilités distinctes, dont l’une “officieuse” n’entrait dans aucun cadre administrativement acceptable.

 

Le Musée d’Art Contemporain travaille avec ses partenaires à deux niveaux : celui la coproduction, et celui de la circulation des expositions. Cette circulation nous rapporte l’équivalent des deux tiers de l’investissement initial, ce qui est assez rentable. Nous sommes pourtant loin de bénéficier d’une législation européenne performante. Ainsi, les contrats établissant les modes de collaboration et de financement sont de véritables casse-têtes qui exigent souvent plusieurs mois avant validation et pénalisent d’autant les collaborations internationales. On assiste par ailleurs à un formatage des expositions de plus en plus manifeste, qui, dans ce genre de circulation, n’est pas favorable aux artistes français largement sous-représentés.

 

La Biennale de Lyon est subventionnée par l’Etat et différentes territorialités et bénéficie d’apports privés sous forme de mécénat (entre 8 et 10% soit une ligne budgétaire comparable aux manifestations d’Avignon ou d’Orange). Comment alors maintenir un projet artistique à peu près cohérent face à la multiplication des partenaires qui n’ont pas les mêmes cadres juridiques et qui exigent, à juste raison, des contreparties ou des plus values symboliques, de natures extrêmement diverses ? Il convient de penser mieux que nous ne le faisons aujourd’hui le retour sur investissement. Il faut rappeler que cette Biennale de Lyon fait d’une certaine manière suite à la Biennale de Paris que Malraux avait initiée dans le but de faire contrepoids au leadership new-yorkais. Lorsque nous avons commencé en 1991, il s’agissait de poursuivre cette vocation initiale. Nous avons mis en place des partenariats divers : en premier lieu avec l’Association des festivals de Lyon, avec l’Institut d’Art Contemporain, avec d’autres centres d’art. On pourrait également citer, pour l’édition de la Biennale 2005, le Palais de Tokyo, ainsi que Tramway, Porticus, le PAC de Milan, Migros, à Zürich. Mais la Biennale, comme d’autres manifestations dévolues à l’art contemporain, dont les institutions, devraient s’accorder avec l’AFAA (Association Française d’Action Artistique) et avec des partenaires étrangers pour engager une politique d’exportation de nos artistes qui manque singulièrement d’agressivité et d’intelligence pratique.

 

Une autre plate-forme de “partenariat”, mais le terme prend ici un autre sens, se construit avec des populations défavorisées et des artistes, c’est le programme “L’Art sur la place” qui est unique en Europe.

 

Jean-Pierre Simon

Comment un projet artistique, mené par des militants de l’art contemporain comme celui de Pougues-les-eaux, peut-il développer de nouveaux partenariats ? Quelles sont les possibilités de développement de nouveaux partenariats dans un environnement particulièrement restreint ?

 

Danièle Yvergniaux

Il y a une multitude de partenariats possibles pour un centre d’art comme celui de Pougues-les-eaux, mais ces partenariats ne vont pas de soi. Construire un partenariat suppose de lâcher une partie du travail propre au projet artistique afin de rencontrer les intérêts du partenaire. Que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural, le partenariat peut alors complexifier la ligne directrice que nous nous imposons en permanence.

 

Pougues-les-eaux est une ancienne station thermale qui comprend le parc Saint-Léger, c’est-à-dire un site de sept hectares. Comme beaucoup de centres d’art, le centre d’art de Pougues-les-eaux est née d’une volonté militante. La Nièvre a connu dès les années 70 des associations très actives en faveur de l’art contemporain, puis les collectivités territoriales ont pris le relais. Le Président du Département de la Nièvre de l’époque a conçu le projet d’un centre d’art, il a entraîné avec lui ses collègues du conseil général. Au départ, il s’agissait de réaliser des résidences d’artiste, un lieu de création et de production. Le projet a été accompagné par la Direction régionale des affaires culturelles et par l’Etat. Puis s’est ajouté le désir de sensibiliser le public, dans un territoire éloigné des foyers de créations actives.

 

Le centre d’art est la base de travail. Il comporte quatre volets : les résidences, les expositions, le service culturel et le programme hors-les-murs. Ce programme nous a permis de mettre en place un maillage sur le territoire. Cependant, le Président du Conseil Général, qui était notre interlocuteur privilégié, a été remplacé par un nouveau Président, beaucoup moins engagé. Il a donc fallu de nouveau convaincre afin que le département s’empare du projet. C’est un travail que nous devons entreprendre continuellement et le soutien reste fragile car l’art contemporain prête à beaucoup de perplexités.

 

Pendant plusieurs années, nous avons donc été le “nez dans le guidon”, multipliant les partenariats hors-les-murs, nous engageant dans de nombreuses productions avec nos partenaires. A l’heure actuelle, nous avons décidé, en accord avec la Direction régionale des affaires culturelles, de prendre du recul, de réfléchir à l’inscription du centre d’art dans les politiques culturelles du département. Nous avons donc défini un projet d’établissement, auquel sera adossé un nouveau projet artistique. Nous tâchons de définir notre place, de clarifier nos objectifs, de trouver les partenaires et des solutions à certains problèmes. Bref, nous travaillons à ce qu’il y ait un accord réel entre les partenaires publics et ce projet d’établissement, de sorte que ne se pose plus, pour nos interlocuteurs politiques, le problème de statut du lieu. Il s’agit donc d’insister sur le programme hors-les-murs, afin de permettre à l’identité du projet d’être présente partout sur le territoire en développant de nouveaux partenariats. La méthode que nous avons choisie consiste à nous inscrire dans des projets déjà en cours, comme le festival Art, cinéma et ruralité d’une petite commune.

 

Dans un territoire comme Pougues-les-eaux, nous devons travailler sur la base de micro-cibles, qui vont donc toucher un petit groupe de personnes.

Lexique

Art contemporain, arts visuels, arts plastiques

Ces trois termes désignent le champ artistique couramment associé à la peinture, la sculpture, la vidéo, la photographie, aux installations, aux performances et au multimédia.
L’art contemporain désigne aussi la période historique qui va des années 1960 à nos jours (l’art moderne couvrant la première moitié du XXe siècle jusqu’aux années 60).

Artothèque

Créées en 1982, les artothèques fonctionnent sur le même principe que les bibliothèques de prêt. Elles possèdent une collection originale d’œuvres d’art mise à disposition du public pour un prêt de quelques semaines. Le coût de ce prêt est équivalent au coût d’accès à la vidéothèque d’une médiathèque municipale.
Les artothèques développent aussi des activités de production d’exposition, d’édition et de médiation ou de formation.
 

Centre d’art contemporain

Le Centre d’art contemporain a pour mission l’accompagnement et la promotion des projets des artistes. Il montre les formes les plus récentes des arts visuels, en soutenant financièrement et techniquement, en amont, la création et la production des œuvres d’art et, en aval, leur exposition et leur diffusion.
Il organise ainsi des expositions, des rencontres avec les artistes, des colloques de réflexion. Il publie des catalogues ou des livres d’artistes, en cherchant à informer amateurs et spécialistes. Avec des moyens diversifiés selon les centres, il dispose d’espaces d’expositions, de documentation, d’équipes pédagogiques et d’ateliers techniques. Il collabore enfin à les programmes de formation et de sensibilisation des publics.
 

Conseiller pour les arts plastiques

Placé sous l’autorité du directeur régional des affaires culturelles, le conseiller pour les arts plastiques participe à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique culturelle régionale dans son domaine de compétence. Il exerce des missions d’expertise et d’évaluation permanente en concertation avec les collectivités locales et les acteurs culturels concernés. Il accompagne les artistes dans leur démarche de création, les conseille afin de faciliter leurs conditions de travail et leur insertion sociale et économique et assume un rôle de catalyseur dont la tâche essentielle est d’informer, d’inciter, de convaincre, de préparer l’émergence et la réalisation de nombreux projets.
 
En ayant identifié préalablement, en liaison avec la délégation aux arts plastiques, les buts et les enjeux d’une politique de soutien à la création, le conseiller élabore un budget annuel, instruit les demandes de subvention et suit l’activité des lieux de promotion de l’art contemporain (Frac, centres d’art, réseau associatif) ainsi que les demandes d’aide à des manifestations ponctuelles, dans un souci de sensibilisation du public et d’élargissement de l’accès aux œuvres et aux pratiques.
Il suggère et met en œuvre les orientations du 1% et de la commande publique dont il assure par ailleurs le suivi de réalisation et est chargé d’instruire les dossiers d’attribution de bourses sur critères sociaux aux étudiants des écoles d’art.
 

Ecole d’art, école supérieure d’arts, école des beaux-arts

Les écoles d’art ont pour vocation de former des artistes, créateurs, professionnels dans le domaine des arts visuels. Leurs enseignements sont axés sur l’exploration pratique et théorique ainsi que sur l’expérimentation de plusieurs médias. Dans les 58 écoles supérieures d’arts qui préparent à des diplômes nationaux (DNAP, DNAT, DNSEP), il existe presque toujours une option “art”, et souvent des options “communication” et “design”.
 

Une Conférence nationale des écoles supérieures d’art est en cours de création.

Fonds Régional d’Art Contemporain
Créés en 1982 dans le cadre de la politique de décentralisation, les Frac sont aujourd’hui présents dans toute les régions de France métropolitaine, ainsi qu’en Martinique et à la Réunion.
 
Leurs missions s’articulent autour de trois axes : la constitution d’une collection par l’acquisition d’œuvres d’art, la diffusion de ces œuvres auprès du public par une politique d’expositions et de prêts, le soutien à la création et la sensibilisation des publics. Depuis leur création, ils ont constitué un fonds riche et diversifié de 15 000 oeuvres recouvrant les travaux de plus de 3 000 artistes de toutes nationalités.

Musée d’art contemporain

L’art contemporain dans les musées de France est, pour sa majeure partie, présenté dans le cadre de musées de beaux-arts, ayant une section contemporaine. En 1947 était cependant créé le Musée national d’art moderne et en 1961 le Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Puis, dans les années 1980, quelques grandes villes dont le musée des beaux-arts ne pouvait accueillir un patrimoine supplémentaire ont opté pour la création d’un établissement spécifique : Bordeaux, Lyon, Marseille, Nice, Nîmes, Saint-Etienne, Villeneuve d’Ascq, suivi par Strasbourg et Toulouse..

 

Les musées enrichissent leur patrimoine par l’acquisition d’œuvres contemporaines qu’ils étudient, présentent et conservent. Par la création de rétrospectives, expositions thématiques ou monographiques, les musées participent à l’émergence, l’étude, la présentation et la médiation de l’art contemporain.

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