L’art contemporain : développer des logiques de partenariats
Le projet artistique implique très souvent la mise en place de partenariats entre institutions d’art contemporain et avec d’autres structures publiques ou privées. Depuis l’organisation d’évènements jusqu’à des collaborations plus pérennes, ces partenariats témoignent à la fois de la complémentarité des missions des structures d’art contemporain et de leur ouverture à la société civile et au monde économique.
Modérateur
Jean-Pierre Simon
Directeur de l’école supérieure d’art de Grenoble et président de l’Association Nationale des Directeurs d’Ecoles d’Art – ANDEA. Il a été directeur du centre d’art contemporain de Montbéliard, puis conseiller pour les arts plastiques à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne de 1989 à 1993.
Intervenants
Jacques RigaudPrésident du Fonds Régional d’Art Contemporain d’Aquitaine. Il a été successivement directeur du cabinet de Jacques Duhamel (ministre de l’Agriculture, puis des Affaires culturelles), sous-directeur général de l’UNESCO, conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères Jean François-Poncet. Parallèlement, il a assumé un certain nombre d’engagements dans le domaine culturel, notamment en ce qui concerne les centres culturels de rencontre et, à travers l’Association pour le Développement du Mécénat Industriel et Commercial (ADMICAL) qu’il préside depuis sa création en 1979. Il a eu de 1981 à 1986, la responsabilité de la construction du musée d’Orsay et est l’auteur de plusieurs rapports au gouvernement sur la politique culturelle.
Catherine Texier
Responsable de l’Artothèque du Limousin, et Présidente de l’Association de Développement et de Recherche sur les Artothèques – ADRA. Chargée des expositions au Fonds d’Art Contemporain des Communes du Limousin, en 1987, elle est nommée, en 1988, responsable de l’Artothèque du Limousin récemment créée.
Thierry Raspail
Directeur du Musée d’Art Contemporain de Lyon depuis 1984. Directeur Artistique de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon depuis 1991.
Danièle Yvergniaux
Directrice du Parc Saint-Léger, Centre d’art contemporain Pougues-les-Eaux. De 1986 à 1998, elle a été responsable de la Mission Arts Plastiques auprès du Département des Côtes d’Armor (ODDC). Depuis 1998, elle est Directrice du Parc Saint-Léger – Centre d’art contemporain Pougues-les-Eaux (Nièvre).
Jean-Pierre Simon
Comment, aujourd’hui, un chef d’entreprise peut-il envisager un réel partenariat avec un artiste ou une structure d’art contemporain ? Ce partenariat peut-il participer au développement économique et commercial et révéler les qualités sociales de l’entreprise, quelle est sa fonction en termes d’image, voire quel rôle thérapeutique l’art peut-il jouer à l’intérieur de l’entreprise ?
Jacques Rigaud
Avant de répondre à votre question, il est nécessaire que je rappelle le sens de cette “croisade” que j’ai menée avec quelques autres à partir de 1979 pour développer le mécénat d’entreprise en France – où il était alors notoirement inexistant.
Auparavant, il existait une sorte de « concubinage » entre le monde des affaires et l’Etat, conforme au système de l’économie dirigée, où les entreprises dépendaient de l’Etat pour les prix, le crédit, les investissements, etc… L’idée du mécénat était complètement hors sujet. Des jeunes gens délicieusement inconscients sont, à ce moment, venus me trouver afin de me convaincre d’entreprendre une action de développement en faveur du mécénat d’entreprise. Un peu comme la phrase de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », nous nous sommes appliqués à développer le mécénat d’entreprise, avec pour point de départ la méfiance totale du monde culturel vis-à-vis de l’argent, et plus encore de l’argent des entreprises. Les entreprises ne voyaient guère en quoi la culture pouvait les concerner On nous disait : « la culture est l’affaire de l’Etat, un point c’est tout ». L’administration culturelle, quant à elle, regardait avec beaucoup de méfiance des gamins qui manifestaient l’intention de jouer sur leur tas de sable. Quant aux médias, leur raisonnement était le suivant : « si les entreprises veulent faire parler d’elles, qu’elles achètent donc des espaces publicitaires ».
Aux entreprises, nous avons d’abord tenu un langage de communication : nous entrions alors dans le monde de la communication généralisée et les entreprises étaient tenues de se faire connaître. Nous leurs avons expliqué qu’il existait toutes sortes de possibilités (publicité, promotion, sponsoring), mais que le mécénat leur permettrait d’apparaître là où on ne les attendait pas, de s’associer à des événements prestigieux, gratifiants ou sympathiques et donc d’améliorer leur image. Paradoxalement, l’alternance politique de 1981 a fait avancer les choses, dans la mesure où les entreprises se sont senties obligées de démontrer qu’elles n’étaient pas seulement, selon les vieux schémas marxistes, le lieu de l’accumulation du capital et de l’exploitation ouvrière.
Personnellement, je n’ai tenu ni le langage du reproche (« vous gagnez de l’argent, c’est quelque part très vilain et vous devez racheter ce péché par des indulgences culturelles »), ni celui de la citoyenneté (car les entreprises ne sont pas des citoyens). Mais par-delà ces conjonctures, j’avais une intuition : devant l’ignorance mutuelle du monde de l’économie et du monde de l’art, il m’apparaissait évident qu’on pouvait développer une idée du mécénat qui ne relèverait pas simplement du flux monétaire, mais du partenariat. À cet endroit de la rencontre entre deux mondes hétérogènes, j’avais l’intuition qu’il pouvait se passer quelque chose de tout à fait surprenant, que le milieu culturel pouvait apporter un peu de sa folie, de sa sensibilité, de son utopie ; et en retour, que l’entreprise pouvait apporter sa rationalité. Plus tard, plusieurs actes concrets de mécénat m’ont démontré la justesse de cette intuition. Ces exemples m’ont montré qu’effectivement, l’entreprise pouvait apporter à ses partenaires culturels ce qu’on appelle maintenant la “gouvernance”. Je suis frappé de voir combien le management culturel est désormais assumé, pratiqué, et même enseigné ! Car il y a bien une spécificité de la gestion culturelle, qui ne relève pas du profit, bien sûr, mais qui n’en implique pas moins la rigueur. Quelle que soit l’origine des fonds attribués à la création, il y a nécessairement le devoir de dépenser cet argent le mieux possible, c’est-à-dire avec transparence et rigueur. L’entreprise, soumise à la pression du marché, est l’acteur qui a le plus conscience de cette exigence de la bonne gestion.
Nous avons aussi constaté que les entreprises se trouvaient stimulées par la sensibilité et l’imagination des artistes. Je me souviens de témoignages d’employés, d’ouvriers en l’occurrence qui découvraient en l’artiste un travailleur manuel, comme eux, et qui transfigurait littéralement les matériaux sur lesquels ces ouvriers travaillaient, ennoblissant ainsi leur quotidien. C’est pour moi l’exemple d’une rencontre réelle, car on assiste à une découverte réciproque de deux mondes. Je me souviens aussi de la phrase d’un ingénieur, qui avait dit à propos d’un artiste : « Je lui ai apporté une technicité, il m’a fourni un détournement ». Cette formule est extraordinaire, car elle dit bien le questionnement que peut apporter un artiste, sur le sens de toute activité. Parce que l’entreprise est tout de même un lieu de conformisme, de certitude, avec une conscience collective quelquefois oppressante. « Etonne-moi », disait le grand mécène Diaguilew au danseur Nijinsky
J’ajouterais que le mécénat d’entreprise peut précisément contribuer à renforcer le sentiment d’appartenance à l’intérieur de l’entreprise. Ce n’est pas à l’intérieur de l’entreprise que les pratiques ou les passions extra-professionnelles du côté de la peinture, de la photographie, de la musique, du théâtre sont les plus avouables ; elles le sont moins en tout cas que le golf, la pétanque ou la pêche au gros. En revanche, dès qu’une entreprise se lance dans le mécénat, on voit des doigts se lever pour participer à un chœur, à un choix d’œuvres, à une visite d’exposition. Dans la plupart des cas, les responsables du mécénat, on les trouve à l’intérieur de l’entreprise – nul besoin d’aller les chercher ailleurs. Et là , on pourrait également citer beaucoup d’exemples relatifs à la musique amateur en entreprise, et rendre compte de la capacité qu’a le mécénat de susciter des vocations. Je ne parlerai pas de thérapeutique, car l’entreprise n’est pas un organisme malade, mais je parlerais de sentiment d’appartenance, lié à une mémoire, à un projet, à une conscience collective.
Dans les années 70, très peu de temps après 68, les artistes les plus contestataires se trouvaient dans le domaine du théâtre et du cinéma. C’est là qu’était la contestation. Pour le gouvernement de droite, il s’agissait alors de renouer le contact avec le milieu culturel après la fin un peu sombre du règne de Malraux. Les arts plastiques représentaient un domaine beaucoup plus paisible. A l’heure actuelle, le monde du théâtre est certes fertile, mais on ne peut pas dire qu’il soit spécifiquement contestataire. En ce qui concerne le cinéma, il y a bien des films qui posent des questions, mais ce n’est pas extraordinairement contestataire. A l’inverse, j’ai le sentiment que les arts plastiques sont aujourd’hui le domaine le plus virulent. Si l’on songe à l’ignorance totale dans laquelle était plongé le grand public par rapport à l’art contemporain il y a trente ans, et au contraire, la qualité des événements qui lui sont proposés aujourd’hui, on perçoit bien qu’il y a une extraordinaire ouverture. Je pointe ici la tyrannie du télévisuel, de ses canons, de son vocabulaire, de ses standards, sur l’esprit de nos contemporains ; devant cette tyrannie, l’art contemporain surprend et offre une liberté qui pourrait expliquer cet intérêt du grand public envers l’art contemporain aujourd’hui. Qu’il joue la dérision, l’humour, la provocation, qu’il s’ouvre au fantastique ou qu’il exalte le quotidien, il interpelle, et bien au-delà des amateurs distingués et des publics avertis. Les plus jeunes d’entre vous n’ont peut-être pas conscience de cette mutation du grand public et du regard plus ouvert qu’il a désormais sur l’art de son temps.
Jean-Pierre Simon
L’artothèque du Limousin a développé un très fort réseau de partenariat, comment avez-vous été amenée à travailler avec cette institution tout à fait particulière qu’est l’hôpital ? Quel est le rôle d’un engagement artistique à l’intérieur du milieu hospitalier ? Comment l’artiste intègre-t-il la mission de l’hôpital ?
Catherine Texier
Quelle est la dynamique qui nous a conduit à nous engager dans le programme national “Culture à l’hôpital” ? C’est le résultat de la mission d’artothèque régionale (la plupart des artothèques étant municipales), et de son histoire. L’artothèque du Limousin a été créée en 1986. Elle est adossée, du point de vue juridique, à une Agence culturelle et technique (association Loi 1901), laquelle Agence regroupait également jusqu’en 1998 le Fonds régional d’art contemporain, et accueille aujourd’hui l’Orchestre symphonique régional et un parc de matériel. Cet opérateur culturel s’est créé sur la base d’un travail de terrain effectué préalablement par des élus, au début des années 80, regroupés dans une association (le Fonds d’art contemporain des communes du Limousin). À partir de ce travail de terrain et de ce réseau de communes, l’artothèque a pu s’installer au sein d’un ensemble de partenaires. Sa mission a consisté à compléter celles des structures déjà existantes, en s’appuyant sur la proposition originale des artothèques qui déplacent la relation initiale à l’œuvre d’art. La première spécificité de cette artothèque est de fonctionner hors-les-murs : un réseau de partenaires relaye constamment la diffusion de la collection sur le territoire régional. Ce réseau de partenaires est très diversifié : un centre culturel, un centre d’art, une bibliothèque et une fédération d’éducation populaire (Peuple et Culture). À travers le réseau de communes, nous sommes aussi en relation avec des entreprises, des personnes privées, des associations, des enseignants et des établissements hospitaliers, qui sont autant de relais pour la diffusion. Ce maillage nous incite constamment à ré interroger notre démarche, avec pour principe permanent de placer la démarche artistique au cœur du projet.
En 2002, nous avons été sollicités par un de nos abonnés, le CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Limoges, avec lequel nous travaillions déjà , mais aussi par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) du Limousin. Le CHU nous a demandé de réexaminer une première convention établie dans le cadre du programme national “Culture à l’hôpital”. Il s’agissait au départ de coordonner la présence des artistes au sein de l’établissement. Après analyse, nous avons déplacé l’idée initiale et proposé un projet plus ambitieux, en collaboration avec l’artiste Marc Pataut. Je voudrais préciser que ce projet ne s’inscrit pas dans une démarche d’art thérapie. Vous savez que l’on a parlé de “publics spécifiques” pour désigner ces publics éloignés de l’art contemporain vivant dans des territoires trop en difficulté, pour que la culture puisse y pénétrer de façon naturelle et régulière. La demande de l’hôpital est celle d’une fluidité d’intégration de la culture en son sein, notre ambition est de fonder une démarche artistique au sein de l’établissement hospitalier.
Quant au mécénat de ce projet, il a été surprenant. Nous devions au départ intégrer le programme de mécénat structuré par les partenaires de la convention nationale “Culture à l’hôpital”, finalement c’est auprès d’un mécène régional que nous avons trouvé une écoute attentive et une collaboration extrêmement positive.
Si la question de la relation entre les équipements culturels et les entreprises mécènes est au cœur des préoccupations, il apparaît difficile d’accélérer ou de forcer sa structuration.
Jean-Pierre Simon
La Biennale d’Art Contemporain de Lyon est un projet qui rayonne sur toute la région Rhône-Alpes et bien au-delà ; depuis de nombreuses années, vous avez développé des partenariats au niveau local dans différentes directions. La multiplication des partenariats amène-t-elle plus de contraintes, plus de moyens, plus de publics ? La multiplication des contrats d’objectif ne risque-t-elle pas d’entraîner une orientation spécifique de l’action artistique ? En quoi cette orientation redéfinit-elle le projet artistique ?
Thierry Raspail
Je n’aborderai pas la relation de l’institution avec la tutelle qui vise une communauté d’intérêt et se manifeste sous la forme d’échanges professionnels et politiques. Je m’en tiendrai au partenariat professionnel d’une part et financier de l’autre pour lesquels je donnerai quelques exemples : Le Musée d’Art Contemporain que je dirige est en régie directe. Nous avons obtenu récemment un mécénat formidable pour une exposition intitulée “Le moine et le démon” portant sur la création chinoise actuelle. Il s’agissait du mécénat d’une fondation suisse d’un montant de 500.000 euros (la fondation Guy et Myriam Ullens). La régie directe et le cadre juridique, sur ce point, posent problème. Nous avons été obligés d’établir deux comptabilités distinctes, dont l’une “officieuse” n’entrait dans aucun cadre administrativement acceptable.
Le Musée d’Art Contemporain travaille avec ses partenaires à deux niveaux : celui la coproduction, et celui de la circulation des expositions. Cette circulation nous rapporte l’équivalent des deux tiers de l’investissement initial, ce qui est assez rentable. Nous sommes pourtant loin de bénéficier d’une législation européenne performante. Ainsi, les contrats établissant les modes de collaboration et de financement sont de véritables casse-têtes qui exigent souvent plusieurs mois avant validation et pénalisent d’autant les collaborations internationales. On assiste par ailleurs à un formatage des expositions de plus en plus manifeste, qui, dans ce genre de circulation, n’est pas favorable aux artistes français largement sous-représentés.
La Biennale de Lyon est subventionnée par l’Etat et différentes territorialités et bénéficie d’apports privés sous forme de mécénat (entre 8 et 10% soit une ligne budgétaire comparable aux manifestations d’Avignon ou d’Orange). Comment alors maintenir un projet artistique à peu près cohérent face à la multiplication des partenaires qui n’ont pas les mêmes cadres juridiques et qui exigent, à juste raison, des contreparties ou des plus values symboliques, de natures extrêmement diverses ? Il convient de penser mieux que nous ne le faisons aujourd’hui le retour sur investissement. Il faut rappeler que cette Biennale de Lyon fait d’une certaine manière suite à la Biennale de Paris que Malraux avait initiée dans le but de faire contrepoids au leadership new-yorkais. Lorsque nous avons commencé en 1991, il s’agissait de poursuivre cette vocation initiale. Nous avons mis en place des partenariats divers : en premier lieu avec l’Association des festivals de Lyon, avec l’Institut d’Art Contemporain, avec d’autres centres d’art. On pourrait également citer, pour l’édition de la Biennale 2005, le Palais de Tokyo, ainsi que Tramway, Porticus, le PAC de Milan, Migros, à Zürich. Mais la Biennale, comme d’autres manifestations dévolues à l’art contemporain, dont les institutions, devraient s’accorder avec l’AFAA (Association Française d’Action Artistique) et avec des partenaires étrangers pour engager une politique d’exportation de nos artistes qui manque singulièrement d’agressivité et d’intelligence pratique.
Une autre plate-forme de “partenariat”, mais le terme prend ici un autre sens, se construit avec des populations défavorisées et des artistes, c’est le programme “L’Art sur la place” qui est unique en Europe.
Jean-Pierre Simon
Comment un projet artistique, mené par des militants de l’art contemporain comme celui de Pougues-les-eaux, peut-il développer de nouveaux partenariats ? Quelles sont les possibilités de développement de nouveaux partenariats dans un environnement particulièrement restreint ?
Danièle Yvergniaux
Il y a une multitude de partenariats possibles pour un centre d’art comme celui de Pougues-les-eaux, mais ces partenariats ne vont pas de soi. Construire un partenariat suppose de lâcher une partie du travail propre au projet artistique afin de rencontrer les intérêts du partenaire. Que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural, le partenariat peut alors complexifier la ligne directrice que nous nous imposons en permanence.
Pougues-les-eaux est une ancienne station thermale qui comprend le parc Saint-Léger, c’est-à-dire un site de sept hectares. Comme beaucoup de centres d’art, le centre d’art de Pougues-les-eaux est née d’une volonté militante. La Nièvre a connu dès les années 70 des associations très actives en faveur de l’art contemporain, puis les collectivités territoriales ont pris le relais. Le Président du Département de la Nièvre de l’époque a conçu le projet d’un centre d’art, il a entraîné avec lui ses collègues du conseil général. Au départ, il s’agissait de réaliser des résidences d’artiste, un lieu de création et de production. Le projet a été accompagné par la Direction régionale des affaires culturelles et par l’Etat. Puis s’est ajouté le désir de sensibiliser le public, dans un territoire éloigné des foyers de créations actives.
Le centre d’art est la base de travail. Il comporte quatre volets : les résidences, les expositions, le service culturel et le programme hors-les-murs. Ce programme nous a permis de mettre en place un maillage sur le territoire. Cependant, le Président du Conseil Général, qui était notre interlocuteur privilégié, a été remplacé par un nouveau Président, beaucoup moins engagé. Il a donc fallu de nouveau convaincre afin que le département s’empare du projet. C’est un travail que nous devons entreprendre continuellement et le soutien reste fragile car l’art contemporain prête à beaucoup de perplexités.
Pendant plusieurs années, nous avons donc été le “nez dans le guidon”, multipliant les partenariats hors-les-murs, nous engageant dans de nombreuses productions avec nos partenaires. A l’heure actuelle, nous avons décidé, en accord avec la Direction régionale des affaires culturelles, de prendre du recul, de réfléchir à l’inscription du centre d’art dans les politiques culturelles du département. Nous avons donc défini un projet d’établissement, auquel sera adossé un nouveau projet artistique. Nous tâchons de définir notre place, de clarifier nos objectifs, de trouver les partenaires et des solutions à certains problèmes. Bref, nous travaillons à ce qu’il y ait un accord réel entre les partenaires publics et ce projet d’établissement, de sorte que ne se pose plus, pour nos interlocuteurs politiques, le problème de statut du lieu. Il s’agit donc d’insister sur le programme hors-les-murs, afin de permettre à l’identité du projet d’être présente partout sur le territoire en développant de nouveaux partenariats. La méthode que nous avons choisie consiste à nous inscrire dans des projets déjà en cours, comme le festival Art, cinéma et ruralité d’une petite commune.
Dans un territoire comme Pougues-les-eaux, nous devons travailler sur la base de micro-cibles, qui vont donc toucher un petit groupe de personnes.