Les offres de formation professionnelle
Des organismes privés pour la formation des professionnels de l’art
Denis Thévenin, Président du réseau Agec, Directeur de l’Agécif
L’Agécif est un organisme qui est né de l’impulsion du Ministère Lang dans les années 80. L’idée du Ministère était que le développement économique était lié au développement culturel, que les structures culturelles étaient également des entreprises économiques, prises dans des contraintes de gestion. Le Ministère de la culture avait alors créé l’Agec, qui avait pour vocation d’accompagner le développement économique de ces structures culturelles. Des structures se sont développées comme l’Agécif, l’Arsec à Lyon, le Cagec à Nantes ou Premier Acte à Poitiers… Il y avait une quinzaine de structures au départ, il en reste maintenant sept ou huit. Elles travaillent pour le développement culturel, c’est-à-dire non pas pour le show-biz et l’audiovisuel, mais pour l’art contemporain, les Frac, les écoles ou les Centres d’art. L’Agec regroupe l’ensemble de ces structures, dont l’Agécif.
A l’Agécif, nous nous situons au croisement de différents faisceaux : les intérêts de l’employé, les demandes de l’entreprise culturelle, et les décisions politiques. Nous proposons des stages courts, uniquement dans le domaine de la gestion et de l’organisation (la comptabilité, le droit, le marketing, l’Internet, l’informatique, les politiques culturelles), mais jamais dans la compétence artistique ou technique. L’Agécif n’est pas qu’un organisme de formation, nous mettons aussi en place des missions d’études ou de conseils. A la fin des années 90, le Ministère en charge de la culture nous a demandé de mettre en place des formations spécialisées, à destination du secteur de l’art contemporain. Le constat était le suivant : ces professionnels sont relativement peu formés et confrontés à des problème de gestion financières, de gestion du personnel, etc. Aujourd’hui, ces formations n’existent plus par défaut de financement.
Sur les 600 ou 650 stagiaires de l’Agécif, par an, seule une vingtaine vient du secteur de l’art contemporain. Les structures de ce secteur sont, en général, très petites. Il est alors plus difficile, pour les responsables de ces structures, de gérer les absences des salariés partis en formation. De plus, dès lors que les structures sont réduites, le droit à la formation l’est tout autant. Par conséquent, la mise en place de nouvelles formations liées à l’art contemporain soulève nécessairement la question de leurs financements. Ceci étant dit, à l’Agécif, nous ne souhaitons pas développer des formations destinées à des publics spécifiques. Nous préférons nous engager dans la mixité des publics, notre politique est plutôt de rentrer dans un champ de compétences plutôt que de secteurs.
Alice Vergara-Bastiand
, Directrice de l’Ecole du Magasin
L’Ecole du Magasin ouvre son cursus en 1987, le Magasin-centre d’art contemporain a été inauguré en avril 1986. Les deux projets ont été réfléchis ensemble. Les années 80 vont connaître un vaste mouvement de réforme culturelle. Sur le plan politique, les rapports entre les partenaires du développement culturel se sont structurellement modifiés, on sort les collectivités locales de la tutelle des préfets, qui comme vous le savez, représentent l’Etat. On crée la région, collectivité à part entière, avec son assemblée, ses compétences, ses orientations et son pouvoir financier. On rattache certains établissements aux départements (les bibliothèques centrales de prêt, les archives…). On confirme les communes dans leurs responsabilités sur les musées, les écoles d’art etc…
Ces réformes politico-administratives ont bénéficié, par le jeu de la contractualisation entre partenaires, à la création des centres d’art, des Frac et autres projets du développement culturel. L’Ecole se crée alors pour répondre à une offre conjoncturelle d’emplois.
La réforme culturelle se fait aussi dans les modalités de travail de la discipline des arts plastiques : des métiers anciens doivent s’adapter à des conditions nouvelles : la conservation, la régie des œuvres de l’art contemporain par exemple… ; des métiers nouveaux apparaissent : l’organisateur d’expositions temporaires, le médiateur de l’art contemporain, le producteur de projets qu’ils soient événementiels, de commande publique, éditoriaux, visuels etc… L’Ecole se crée ainsi pour répondre à une offre structurelle.
La réforme de la discipline des arts plastiques se fait aussi sous la pression des artistes qui réclament depuis les années 60 des conditions rénovées de l’enseignement, de la production, de la diffusion, de la critique. L’Ecole se crée pour accompagner des projets artistiques.
Ces besoins s’étendent à un territoire international. L’Ecole, dès 1988, va s’ouvrir aux candidatures étrangères.
L’Ecole a toujours suscité une réactivité positive de la part des professionnels, pour différentes raisons. En 1987, l’Ecole ouvre sous les auspices de professionnels en activité dans différents pays européens. Ils soutiennent le projet pour la pertinence contenue dans l’alternative offerte à l’enseignement classique. Ils en seront des médiateurs efficaces. L’Ecole fait partie du réseau des formations curatoriales qu’elle a contribué à former, et dont le paysage d’inscription est international. Ce réseau est lui-même en prise avec le monde professionnel. Un des objectifs de l’Ecole vise la vraie connaissance des acteurs, des contextes et des enjeux de l’art. L’Ecole est sur le terrain. La méthodologie de projets met les élèves dans un principe de réalité permanent. Ils sont constitués, au sein d’un centre d’art en activité, en groupe de recherche et d’expérimentation : les projets sont diffusés à échelle réelle, l’évaluation est immédiate, elle est faite par les professionnels et le public.
Les bilans professionnels mettent en lumière qu’autour d’une activité principale – la production de projets, essentiellement en art contemporain – les élèves sortis de la formation sont sollicités à titres divers : des collaborations éditoriales, médiatiques (TV, Web) ; des participations à des jurys, commissions, enquêtes, rapports ; des contributions à des colloques, conférences, enseignement ; l’accompagnement d’échanges internationaux ; la programmation événementielle, d’ateliers ; la médiation de projets de commandes publiques ou privées ; etc…
Autant d’indicateurs d’une reconnaissance de capacité, de qualité. Pour autant, celle-ci ne se transforme pas – du moins plus systématiquement – en emploi. On peut avancer quelques raisons : d’une part les postes dans les structures (centres d’art, frac…) sont en majorité pourvus. Depuis la moitié des années 90, l’évolution des pratiques et des scènes artistiques a généré de nouvelles attitudes et contextes de production, plus nomades, plus temporaires, assez coupés de la notion d’emploi fixe. On s’engage pour la durée d’un projet, on crée la structure administrative et financière pour le porter. On préfère la collaboration, on partage donc l’activité. Je vois un lien entre ces pratiques et l’état du tissu institutionnel de l’art contemporain, en France notamment. Après le dynamisme des années 80, les années 90 connaîtront dans leur deuxième moitié un tassement : ralentissement du financement, remise en question endémique du projet culturel… Les années 2000 s’ouvrent sur la précarisation des structures et des emplois (massivement ce sont des emplois aidés et temporaires qui se sont créés). En plus de ces difficultés matérielles et politiques, c’est le projet artistique lui-même qui est revisité de façon critique par les plus jeunes qui préfèrent des expérimentations non institutionnelles.
Dans le lien aux professionnels, ce qui n’a pas changé c’est la difficulté à s’inscrire dans l’espace économique de l’art qui pourrait sans doute être celui de la création d’entreprises.
L’Ecole du Magasin ne délivre pas de diplôme. Il serait sans doute utile de sanctionner le cursus de l’Ecole par un diplôme, à la fois pour rendre immédiatement lisible son objet, et pour que chaque élève puisse rendre compte de l’acquisition de connaissances et compétences au cours des 10 mois de sa formation. Cela a été un débat. Il y a une difficulté immédiate à qualifier ce diplôme, il y a aussi un risque sensible à ce que le diplôme fixe une situation (de connaissances, de compétences…) dans un champ qui, par sa définition contemporaine, est en constante évolution. On peut objecter que c’est le risque pour tout diplôme, mais à l’Ecole, ce n’est pas un savoir fondamental qui est transmis, c’est la capacité à s’engager comme auteur et producteur. De mon point de vue, c’est davantage la reconnaissance des professions qui débouchent de l’activité en art contemporain qui doit être au cœur de la formation professionnelle.