Expérience d’un service valideur : l’Université Paris I

Marie Berducou, Enseignante et responsable de la filière conservation et restauration de biens culturels à l’Université Paris 1
 
Nous avons mis en place la procédure de la Validation des acquis de l’Expérience (VAE), dans le cadre d’un diplôme très particulier qui est celui de la Maîtrise des Sciences et Technique (MST) de restauration de biens culturels. Nous étions alors tenus d’appliquer la loi. Mais nous devions également faire face à une autre loi, qui est celle qui a réformé les Musées de France, et introduit un niveau de qualification pour accéder à la restauration des biens des Musées de France. Cette qualification est calée sur des diplômes – le diplôme de Maîtrise des Sciences et Technique est l’un des quatre diplôme français qui offre cette compétence. Lorsque cette loi est entrée en vigueur, il y a eut une véritable panique chez les professionnels de la restauration qui n’étaient pas diplômés. Ils ont perdu brutalement l’essentiel de leur marché d’activité. Ils se sont alors tournés vers nous, si bien que nous avons reçu en quelques semaines 210 candidatures pour obtenir la Validation des Acquis de l’Expérience. Je précise que cette MST existe depuis 1973 et a formé 400 professionnels… Nous avons tâché de les rassurer en expliquant que la Direction des Musées de France préparait de toute façon une procédure parallèle permettant d’habiliter les restaurateurs non-diplômés. Puis nous leur avons clairement expliqué la philosophie de la MST, de sorte qu’au final nous n’avions plus que 106 dossiers de candidatures complets.
 
Dans ces dossiers, nous leur avons demandé de faire un exercice rétrospectif, qui consistait à établir tous les éléments qui pouvaient correspondre aux éléments de formation de la MST. Ce qui a été difficile pour beaucoup, et très gratifiant pour les autres. D’autre part, nous leur avons demandé de fournir trois dossiers documentant un travail de restauration qu’ils ont effectué par le passé. L’instruction de ces dossiers nous a pris un temps considérable. Et pour compléter leurs dossiers, nous avons passé des entretiens avec chacun des 106 candidats. Etant donné qu’il y avait alors un enjeu très fort sur le diplôme, nous avons constitué deux jurys auxquels étaient associés des représentants de la profession, et qui garantissaient la transparence de la procédure. Nous avons de très bons rapports avec les professionnels dans la mesure où notre MST est vraiment proche du monde des professionnels. Si bien que nous avons obtenu de ne pas rémunérer ces représentants de la profession, alors même qu’ils ont cessé leurs activités pendant sept jours ! Nous n’avons pas reconduit ce jury en 2004, et nous ne le reconduirons pas tant que nous n’aurons pas la garantie que ces professionnels seront rémunérés.
 
Le résultat final c’est 30 diplômés. Mais sur les 106 candidats, un certain nombre relevait d’une validation d’étude faite à l’étranger. A mon sens, sur les 30 diplômés, il y a 12 personnes qui ont été véritablement diplômées sur la base unique des acquis de leur expérience et de la démonstration de compétence à travers leur dossier. Nous avons également tenu compte du rôle que certains avaient joué au commencement même de notre formation : certains étaient venus enseigner, faire des travaux pratiques ou pris en stage des étudiants. Or, puisque la MST était la première formation diplômante au métier de restaurateur, aucun d’entre eux ne pouvait en être diplômé. Il était normal de renvoyer l’ascenseur à ceux qui avaient pris une part active, voire militante, à la mise en place de cette formation.
 
Il y a eut quelques candidatures, une dizaine, vraiment sans pertinence par rapport à la définition des métiers de la restauration. Et puis, il y a eu tous les autres dossiers. Tous ceux auxquels nous aurions pu reconnaître telle ou telle partie de la formation, mais auxquels il manquait aussi un certain nombre de connaissances incontournables. A ceux là , il fallait des compléments de formation. C’est nécessairement ici que les questions se posent, ceux dont l’expérience est partiellement validée. Que pouvons-nous leur proposer ? Nous sommes la seule université en France a donné cette formation. Beaucoup d’entre eux vivent en province, et ont leur activité professionnelle, dont ils ne peuvent se couper… On ne peut pas les inscrire pour des fragments de formation. Cela est encore possible pour certains qui vivent à Paris, et que nous avons inscrit dans les cours théoriques de formation initiale. Nous sommes donc en train de lancer des alternatives avec des stages de formation intensive. Mais cela suppose un investissement énorme : la charge de travail a doublé pour les enseignants.

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