Quelle formation, quelle professionnalisation pour le secteur de l’art contemporain ?
Former, professionnaliser : comment ?
Développer la formation des professionnels de l’art contemporain, le projet du Cipac
Mathieu Ducoudray, Secrétaire général du Cipac
Aujourd’hui, le projet du Cipac consiste à développer des actions de formation répondant aux besoins du milieu professionnel de l’art contemporain. Ce projet répond en effet à une demande des membres du Cipac : travailler à une meilleure professionnalisation et formation du secteur de l’art contemporain. Seule fédération rassemblant les intermédiaires professionnels de l’art contemporain, le Cipac bénéficie d’une position unique qui lui permet d’identifier les besoins en formation de ses membres et d’y répondre de façon précise et adaptée et lui garantit une grande légitimité auprès des acteurs de l’art contemporain et des pouvoirs publics. De plus, le Cipac fédère des professionnels qui pourront devenir acteurs du projet : soit en tant que formateurs, soit en tant que bénéficiaires des formations.
Les trois domaines de la professionnalisation
Pascale de Rozario, Responsable du service Développements européens et formation au Conservatoire National des Arts et Métiers
Les métiers sont des dynamiques professionnelles vivantes, et à ce titre contradictoires. La normalisation n’est pas la résolution des problèmes des métiers, en dépit de ce qui est dit systématiquement sur les référentiels et les diplômes.
Toute formation implique une formation à l’éthique du métier, et pas seulement à la technique professionnelle. La technique elle-même est une application de valeur dans le geste professionnel.
Du point de vue de la sociologie des professions, une professionnalisation doit articuler trois domaines. Le premier, c’est l’environnement externe aux métiers : les textes de loi, les syndicats, les OPCA, les rapports entre Etat et régions, les diplômes, etc. On peut faire de cet environnement externe un diagnostic, mais cela demande un travail exhaustif et systématique pour que l’information soit légitime et fiable. On peut positionner une offre de formation par rapport à ce qui existe et en complément de ce qui n’existe pas.
Le second domaine réclame également un diagnostic : comment devient-on un professionnel des métiers de l’art contemporain ? L’identité professionnelle se construit incessamment. Les associations ont un rôle très important pour se réunir et discuter de cette identité. La formation universitaire, lorsqu’elle existe pour un métier, les écoles privées, les initiatives non recensées qui participent à la formation, et enfin l’auto-formation, qui est assez invisible : tous ces éléments construisent l’identité professionnelle comme autant de lieux et de moments de rencontres et de confrontations. Les institutions forment à certains métiers et à certaines valeurs, pas à d’autres.
Le troisième domaine qui réclame également un diagnostic relève de l’analyse des métiers : trouver des référents, formaliser les métiers et les pratiques, aller sur le terrain voir comment le professionnel met en pratique ce qu’il pense être son métier. Cela permet de décrire la réalité des pratiques. Une proposition de formation bien construite, mais à laquelle il manquerait ce diagnostic, parce qu’elle ne s’adresserait qu’aux grosses structures par exemple, ne marcherait pas. Si elle est trop théorique, elle ne marcherait pas non plus. En somme, ce diagnostic est décisif pour que l’offre de formation soit pertinente.
Le plus difficile est de parvenir à identifier le cœur des métiers de l’art contemporain. C’est un problème politique, qui réclame des heures de discussions et de débats. Pour ma part, je repère quatre processus qui ont l’air de structurer les métiers : un processus de création et d’accompagnement de l’artiste ; un processus de réception, liée à une typologie de publics différents ; le processus de circulation et d’acquisition des œuvres d’art, qui implique le champ financier, juridique, assurantiel ; et enfin le processus de conservation, avec tous les métiers qui gravitent autour.
Si nous travaillions sur ces quatre processus, en pointant les spécificités et les transversalités, nous pourrions parvenir à articuler formation et profession, tout en contribuant à construire la reconnaissance des métiers. On peut par ailleurs faire des choix : avoir ou non un syndicat, avoir ou non des diplômes, par exemple. Ce sont là des choix professionnels, et il n’existe pas de modèle meilleur que les autres.