Professions artistiques et validation des acquis de l’expérience
Débat
Odile Canale, Chef du département des enseignements, de la recherche et de l’innovation, délégation aux arts plastiques du Ministère de la culture et communication
Le Ministère de la culture a la tutelle pédagogique de 57 écoles d’art, qui délivrent des diplômes d’enseignement supérieur (Dnat, Dnap, Dnsep). Dans ce cadre, la délégation aux arts plastiques s’inscrit dans une démarche de certification professionnelle. Nous travaillons donc à la mise en place de Validation des Acquis de l’Expérience pour ces diplômes. Ce n’est pas encore effectif pour le Ministère de la culture, mais nous travaillons sur la circulaire d’application. Dans quelques mois, nous l’espérons, des candidats, artistes ou professionnels travaillant à leur côté, pourront prétendre à la validation de leur expérience.
Isabelle Tessier, responsable de l’artothèque de Vitré
Les interventions de ce matin ne recouvrent pas toutes les situations existantes, et notamment les situations diamétralement inverses des surdiplômés. Je suis titulaire d’un DEA en art contemporain, mais j’ai été refusé par le Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) au concours d’assistant qualifié, puisqu’il faut posséder un Bac+2 technico-professionnel, ce que je n’ai pas. Ma collègue en charge du service éducatif de l’artothèque qui a un parcours de khâgne et d’hypokhâgne, une licence d’histoire de l’art, va être titularisée en catégorie C, ce qui ne correspond ni à ses qualifications ni à son expérience… Comment faire pour que le CNFPT ainsi que les collectivités territoriales reconnaissent ces diplômes d’état et leur valeur ?
Christophe Baquet, Conseiller en reprise d’études et validation d’acquis, Université Paris I
Nous rencontrons effectivement des candidats qui comme vous sont à la fois surdiplômés et en lacune d’un diplôme spécifique qui leur permettrait d’être engagés dans la structure où ils travaillent. Ils peuvent alors essayer d’obtenir le diplôme par la VAE, cependant il n’est pas toujours en adéquation avec le profil particulier du candidat. Donc, oui, il y a un problème.
Une personne de la Délégation aux arts plastiques
J’ai été en contact avec un candidat à la VAE, qui m’a indiqué qu’en arts plastiques, sur les douze candidats qui ont bénéficié d’un accompagnement, un seul a pu obtenir une validation. Comment expliquez vous ce chiffre ?
Christophe Baquet
Le gros problème que nous rencontrons à Paris I est que les cursus d’arts plastiques et d’arts appliqués sont avant tout théoriques, généralistes. Il y a trois fondamentaux : le premier concerne la création plastique, et sur ce point, il n’y a généralement aucun problème ; les deux seconds concernent l’histoire de l’art et l’esthétique. Etant donné que cela fait partie des fondamentaux que nos enseignants jugent indispensable de maîtriser, si les candidats ne répondent pas correctement, nous ne pouvons leur délivrer le diplôme, et la VAE ne peut aboutir. Par contre, une reprise d’étude via le décret de 1985 a des chances d’aboutir ; mais cela signifie une reprise d’études.
Olivier Liaroutzos
La loi est très généreuse en prévoyant l’équivalence des diplômes quel que soit le mode d’accès : par la formation initiale ou la validation des acquis. L’équivalence des diplômes ne signifie pas l’équivalence des connaissances. Est-il vraiment utile que le professionnel qui mélange un diluant avec un vernis connaisse la formule chimique ? Je ne pense pas que cette connaissance soit indispensable pour l’exercice de son métier. Il appartient au milieu enseignant et universitaire de faire une petite révolution : lier activité professionnelle et contenu de formation.
Pacale de Rozario
Pour conclure, je dirais qu’il y a en définitive un débat sur ce qu’il est nécessaire de savoir dans la pratique professionnelle : a-t-on besoin d’un savoir relatif au geste technique, ou d’un savoir autour de ce geste ?